Souvent caricaturé comme une grand-messe déconnectée, le Forum économique mondial de Davos demeure pourtant un baromètre utile des préoccupations des décideurs économiques. L’édition récente met en lumière plusieurs mutations structurelles majeures, particulièrement pertinentes pour l’Europe.
De la mondialisation à l’interdépendance stratégique
Le discours dominant ne célèbre plus une mondialisation sans friction mais la sécurisation des chaînes de valeur. Résilience, friend-shoring et de-risking traduisent une prise de conscience : chocs géopolitiques, pandémies et dépendances excessives ont révélé la fragilité des chaînes trop concentrées.
Le défi consiste désormais à préserver l’ouverture économique sans glisser vers un protectionnisme déguisé.
Le retour des politiques industrielles
Deuxième enseignement majeur : le retour assumé de l’État dans l’économie. États-Unis, Europe et Chine investissent massivement dans des secteurs stratégiques. Cette évolution pose une question centrale : comment concilier intervention publique et efficacité économique ? Si les risques de distorsion existent, l’absence de stratégie industrielle n’est plus tenable, notamment dans l’énergie et les technologies critiques.
L’action publique doit rester ciblée, temporaire et évaluée.
Transition climatique : l’heure de l’exécution
À Davos, la transition climatique n’est plus abordée sur un registre moral mais économique. Les débats portent sur son financement, la préservation de l’industrie européenne et l’alignement des incitations privées.
Le constat est clair : sans croissance, pas de transition soutenable. Les mécanismes de marché tels que le prix du carbone, l’innovation ou encore la concurrence apparaissent plus efficaces que la planification excessive.
Une Europe sous pression
Enfin, Davos révèle une inquiétude croissante quant au décrochage économique de l’Europe, confrontée à une réglementation lourde, un marché fragmenté et un investissement privé insuffisant. Sans réformes structurelles, le risque de déclassement est réel.
Pour les libéraux, la réponse passe par le renforcement du marché unique, la simplification réglementaire et l’attractivité du travail et du capital.
Davos agit comme un miroir des tensions de l’économie mondiale. Le libéralisme du XXIᵉ siècle doit évoluer : ni dogmatique ni frileux, capable de défendre la liberté économique tout en intégrant les contraintes nouvelles du réel.

David Cioponea
Délégué Emploi, Entrepreneuriat, Économie et Fiscalité