La réforme de la TVA annoncée pour le secteur culturel a suscité de nombreuses réactions, parfois passionnées, souvent confuses. Il est donc utile de prendre un moment pour expliquer clairement ce qui change, pourquoi cette décision a été prise et quelle est la position que nous défendons, en particulier au sein des Jeunes MR.
À partir du 1er mars 2026, le gouvernement fédéral prévoit une adaptation de certains taux de TVA. Contrairement à ce qui a parfois été affirmé, il ne s’agit ni d’une hausse générale de la TVA, ni d’une remise en cause globale du secteur culturel. Le taux normal de TVA reste fixé à 21 %. En revanche, certaines activités actuellement soumises au taux réduit de 6 % verront celui-ci passer à 12 %. Cette adaptation concerne notamment le cinéma, les concerts de musiques actuelles, les festivals et divers événements culturels assimilés à des activités de loisirs.
Concrètement, cette évolution fiscale n’est pas neutre. Sur un billet de concert à 40 euros, la TVA passera d’environ 2,26 euros à près de 4,29 euros, soit une différence de plus de 2 euros par billet. Pour un festival de taille moyenne accueillant 20 000 spectateurs, cela peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros supplémentaires à absorber ou à répercuter sur le prix final. Dans un secteur où les marges sont souvent faibles et les coûts déjà élevés avec la sécurité, cachets artistiques, logistique, énergie, cette hausse peut avoir un impact réel.
Dans le même temps, plusieurs formes de culture restent explicitement exclues de cette augmentation et conservent un taux de TVA à 6 %. C’est le cas du théâtre, y compris le théâtre de rue, de la danse et de la chorégraphie, de l’opéra, de la musique classique ainsi que des spectacles de cirque. Cette distinction n’est ni nouvelle ni improvisée. Elle figure clairement dans le projet d’arrêté royal transmis au Conseil d’État et résulte d’un compromis politique adopté en Conseil des ministres en décembre 2025.
Il est important de souligner que ces exceptions ne reposent pas sur un jugement de valeur opposant des formes de culture dites « nobles » à d’autres qui le seraient moins. La logique est avant tout juridique. Le gouvernement s’inscrit dans le prolongement de cadres existants, notamment ceux utilisés pour le tax shelter des arts de la scène. En l’absence de définitions précises dans le Code de la TVA, les autorités s’appuient sur les systèmes de reconnaissance et d’agrément mis en place par les Communautés. C’est cette qualification juridique qui explique, par exemple, pourquoi certaines comédies musicales relèvent du taux de 12 %, tandis que le théâtre reste à 6 %.
Conscient des zones grises et des difficultés pratiques que cela peut engendrer pour les organisateurs, le gouvernement travaille actuellement à l’élaboration d’une FAQ détaillée afin d’apporter une sécurité juridique maximale tant aux acteurs culturels qu’aux citoyens. L’avis du Conseil d’État sera déterminant et pourrait encore conduire à des ajustements du texte final.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte budgétaire particulièrement contraint. La Belgique fait face à une dette publique qui dépasse les 105 % du PIB et à un déficit structurel estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros. À politique inchangée, ces déséquilibres pèseraient directement sur les générations futures, tant en matière de fiscalité que de capacité d’investissement public. Le choix du gouvernement a été de rechercher des recettes supplémentaires de manière ciblée, plutôt que d’augmenter le taux normal de TVA ou d’alourdir indistinctement la pression fiscale sur l’ensemble des ménages.
Il est également prévu que les billets réservés et payés avant le 1er mars 2026 restent soumis au taux de 6 %, quelle que soit la date de la représentation. Cette mesure vise à éviter tout effet rétroactif injuste et à préserver la confiance des consommateurs comme des organisateurs.
Pour le Mouvement Réformateur, cette situation illustre toute la complexité de l’exercice gouvernemental. Le MR défend historiquement une fiscalité modérée, le pouvoir d’achat et l’accès du plus grand nombre aux loisirs et à la culture. Dans le même temps, il assume la nécessité de décisions responsables afin de ne pas laisser aux jeunes générations une situation financière encore plus dégradée. Il existe donc, au sein du MR, des nuances et des sensibilités différentes sur cette réforme. Cette diversité n’est pas une faiblesse, mais le reflet d’un débat démocratique interne face à des choix qui ne sont jamais simples.
Au-delà des aspects fiscaux, il serait réducteur de considérer la culture comme un simple loisir. Le secteur culturel représente plusieurs dizaines de milliers d’emplois directs et indirects en Belgique et contribue de manière significative à l’économie locale. Surtout, la culture joue un rôle essentiel dans la santé mentale et le vivre-ensemble, en particulier chez les jeunes. Après la crise du Covid, marquée par l’isolement, l’anxiété et une fragilisation du bien-être psychologique, les activités culturelles ont constitué — et constituent toujours — des espaces de respiration, de rencontre et de reconstruction collective.
Aller au cinéma, assister à un concert ou participer à un festival, ce sont aussi des moments de partage qui renforcent le lien social, favorisent l’inclusion et contribuent à une société plus cohésive. Leur valeur ne se mesure pas uniquement en recettes fiscales ou en lignes budgétaires.
C’est pourquoi, en tant que Jeunes MR, nous défendons une position à la fois responsable et humaine. Nous reconnaissons la nécessité de maîtriser la dette et de redresser les finances publiques, et nous savons que cela implique parfois des choix difficiles. Mais nous rappelons aussi que le secteur culturel a déjà été fortement fragilisé durant la crise sanitaire, qu’il peine encore à se relever et que ses équilibres restent précaires.
Toute réforme fiscale doit donc être évaluée non seulement à l’aune des chiffres, mais aussi de son impact social, culturel et humain. Préparer l’avenir, ce n’est pas seulement équilibrer un budget. C’est aussi préserver ce qui fait société, ce qui crée du lien et ce qui permet à chacun de trouver sa place. C’est dans cet esprit de responsabilité, de nuance et de vigilance que nous souhaitons alimenter le débat.
