La Belgique traverse une période de mouvements sociaux particulièrement intenses. Depuis plusieurs mois, les syndicats multiplient les actions : journées de grève interprofessionnelles, mouvements sectoriels, paralysies des transports, perturbations économiques et manifestations de grande ampleur en réponse à des réformes socio-économiques proposées par la coalition gouvernementale.
Pourtant, ce qui devrait rester un outil de revendication sociale légitime tourne de plus en plus pour certains acteurs en instrument politique. Quand la contestation devient systématique, difficile d’éviter la question : à qui profite réellement cette dynamique ?
- Des grèves de masse… mais souvent politisées
En novembre 2025, la Belgique a connu une grève nationale de trois jours, organisée par les principaux syndicats du pays qui a affecté transports, services publics et même les vols à l’aéroport de Charleroi.
L’objectif affiché par ces mouvements est de s’opposer aux réformes du gouvernement quant au système des pensions, à l’indexation et à d’autres mesures budgétaires ayant un impact socio-économique.
Cependant, cette mobilisation dépasse le cadre purement économique. Des organisations patronales dénoncent des grèves politiques susceptibles de nuire à l’attractivité économique de la Wallonie et d’envoyer un signal négatif aux investisseurs. Les actions commencent désormais à s’étendre à des jours interprofessionnels réguliers (comme celles prévues en février 2026), y compris dans des secteurs qui ne sont pas directement touchés par les réformes contestées.
Quand une action sociale devient quasi quotidienne ou récurrente sans amélioration tangible, elle perd une part de sa légitimité aux yeux d’une partie de la population et des acteurs économiques.
- Le rôle des syndicats et l’influence politique
La Belgique se distingue historiquement par la force de ses syndicats, parfois mêmes intégrés dans le dialogue social et la négociation collective.
Mais aujourd’hui, la ligne entre défense sociale et stratégie politique s’amincit. Les syndicats mobilisent souvent contre des décisions qui ont un fondement économique ou budgétaire. Cependant,ceux-ci le font dans un contexte hautement politique, souvent en coordination avec des partis ou des mouvances politiques proches (notamment socialistes ou plus à gauche).
Le monde politique n’est jamais loin de ces mobilisations, ce qui brouille la frontière entre revendication sociale spontanée et action structurée politiquement.
- Double discours politique : l’exemple de Charleroi
Un point intéressant et marquant reprend l’attitude supposée de certains leaders politiques face aux mouvements sociaux.
Sur les plateaux médiatiques, certains responsables politiques se distancient des grèves et en appellent au dialogue social plutôt qu’à la confrontation. Pourtant, dans leur territoire ou auprès de leurs bases, ils tendent à adopter une posture plus compréhensive, voire accueillante envers les grévistes.
Par exemple, des militants syndicaux ont passé la journée devant l’hôtel de ville de Charleroi pendant une grève des services publics, dans un geste hautement symbolique qui a suscité de nombreuses réactions.
À Charleroi, des voix socialistes locales, même lorsqu’elles ne défendent pas ouvertement chaque mouvement sur les plateaux, n’hésitent pas ensuite à accueillir et soutenir les grévistes dans des lieux institutionnels, brouillant le message vis-à-vis du grand public et donnant l’impression d’un double discours politique.
Un sentiment de mensonge à l’électeur… n’est-ce pas camarade Dermine ?
- Un impact réel sur l’économie et la vie quotidienne
Au-delà de la dimension politique, ces grèves ont un impact très concret ! Les transports publics sont régulièrement paralysés, avec des conséquences majeures pour les travailleurs, les étudiants et les voyageurs.
Le secteur économique subit des perturbations significatives, notamment lors des journées de grève interprofessionnelles où même des centres de distribution sont bloqués. Également, des voix patronales et des fédérations économiques dénoncent des pertes financières importantes et un climat d’incertitude qui pourrait nuire à l’investissement.
Au final, ce sont souvent les citoyens, les entreprises locales et les travailleurs non impliqués dans le mouvement qui souffrent le plus des conséquences immédiates, tandis que la dimension politisée de ces actions tend à renforcer des blocages plutôt qu’à favoriser une sortie de crise.
- Conclusion : entre légitimité sociale et instrumentalisation politique
Les grèves restent un outil démocratique légitime, inscrit dans le code du travail belge et ancré dans l’histoire sociale du pays. Historiquement, elles ont parfois joué un rôle déterminant dans l’amélioration des droits sociaux.
Mais lorsqu’un mouvement social est fréquent, coordonné politiquement et détaché de solutions concrètes, il est légitime de s’interroger :
- Est-ce toujours une action sociale au service des travailleurs ?
- Ou bien une tactique politique exploitée par certains partis et syndicats pour faire pression, sans véritable perspective de compromis ?
Ce phénomène mérite un débat public transparent, notamment sur la façon dont les mouvements sociaux sont organisés et instrumentalisés, et sur la responsabilité des responsables politiques qui les soutiennent ou les exploitent selon leurs intérêts.
- Flights and transport heavily disrupted during three-day strike en Belgique — Euronews : Flights grounded, trains cancelled during strike in Belgium (https://www.euronews.com/travel/2025/11/24/flights-grounded-and-trains-cancelled-as-belgium-faces-three-day-national-strike)
- TEC Charleroi : aucun bus ni métro en circulation — Télésambre : Grève nationale : bus et métro arrêtés à Charleroi (https://www.telesambre.be/info/trois-jours-de-greve-nationale-aucun-bus-et-aucun-metro-sur-le-reseau-du-tec-charleroi/76554)
- Impacts sur la vie quotidienne (collecte, écoles, etc.) — Télésambre : Impacts de la grève nationale en Belgique (https://www.telesambre.be/info/societe/greve-nationale-quels-sont-les-impacts-sur-notre-quotidien/76560)
- Appel à trois jours de grève par les syndicats — FGTB : Les syndicats lancent l’appel de novembre pour trois jours de grève (https://fgtb.be/presse/les-syndicats-lancent-un-appel-de-novembre-trois-jours-de-greve-les-24-25-et-26-novembre)
- L’UCM déplore les effets sur les PME — Télésambre : Les PME pointées du doigt lors de la grève nationale (https://www.telesambre.be/info/societe/greve-nationale-ce-sont-les-pme-qui-trinquent-deplore-lucm/76564)
- Thomas Dermine alerte sur la situation sociale à Charleroi — RTL Info : Thomas Dermine annonce une crise sociale à Charleroi (https://www.rtl.be/actu/belgique/politique/ne-mesure-pas-quel-point-cest-la-catastrophe-thomas-dermine-annonce-un-bain-de/2026-02-01/article/778416)
- Rencontre entre Dermine et une délégation syndicale — blog : Dermine reçoit des représentants syndicaux à Charleroi (https://tomvanoutryve.be/2026/02/bmquvboodm.html)

David CIOPONEA
Délégué Emploi, Entrepreneuriat,
Économie et Fiscalité