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Les prisons rétributives

La surpopulation carcérale est un phénomène presque aussi vieux que les bâtiments où elle se manifeste. De surcroît,  l’excellent Denis Goeman, Juge au Tribunal de Première Instance de Bruxelles, déclarait encore en février 2026 que, depuis un an, on observait une énorme augmentation des poursuites judiciaires, notamment en matière de procédure accélérée ; en témoigne une augmentation de 400% des dossiers arrivés au tribunal correctionnel sur la même période.

Il n’est pas impossible qu’on y voie un « effet Moinil » ; si tel était le cas, les Jeunes MR ne pourraient que s’en réjouir. Cependant, Denis Goeman insistait : « il faut que toute la chaîne doit pouvoir suivre, et avoir les moyens d’assumer ce changement de paradigme ».

Les statistiques pénitentiaires font froid dans le dos : 13.690 personnes incarcérées pour 11.098 places disponibles, plus de 600 personnes qui dorment à terre. Il peut dès lors apparaître illusoire de penser que la Belgique en fait assez au niveau de sa politique pénitentiaire. Construire des bâtiments au service des administrations fédérales prend beaucoup de temps. Exemple à l’appui avec la Méga-prison (et moderne) de Haren : la décision de la construire fut actée dans un Masterplan « Prisons » en avril 2008 ; sa localisation a été décidée en décembre 2010, tandis que les travaux n’ont commencé… qu’à l’automne 2018.

Haren n’a été ouverte que le 30 septembre 2022, soit 14 ans entre les premiers pas d’une idée et sa concrétisation. A cet égard, on ne peut donc probablement pas blâmer les actuelles Ministres de la Justice et de la Régie des bâtiments.

Le débat serait probablement déjà sensiblement différent, et c’est un autre débat, si l’on oeuvrait davantage à renvoyer les détenus étrangers, et singulièrement en situation irrégulière sur notre territoire, purger leur peine dans leur pays d’origine. Cependant, on peut également affirmer avoir mal pour notre justice si l’on considère que la prison est le seul moyen en les mains du Gouvernement fédéral… au vu des ignobles conditions de détention en Belgique et pour lesquelles cette dernière est très régulièrement condamnée.

On entend souvent parler de « politique humaine mais ferme » en matière de migration ; cela devrait être la même chose pour la justice.

Ne nous trompons pas de débat : il ne faut en aucun cas oeuvrer à la réduction de la surpopulation carcérale en envisageant un certain laxisme dans la répression des activités criminelles, tant avant que pendant l’incarcération. A cet égard, les Jeunes MR souhaitent rappeler leur fort attachement aux droits de l’homme, à commencer in casu par la défense des intérêts des détenus. En effet, une démocratie ne peut être juste que si elle traite ses détenus avec dignité.

Cependant, quitte à parler de « droits de l’homme » en matière judiciaire, et pour paraphraser le Président du MR, Georges-Louis Bouchez, il ne faut pas envisager cela uniquement pour le détenu, mais également pour les victimes. Dans toute affaire judiciaire, il y a toujours au moins deux victimes : la partie civile et la société en général, représentée par le Ministère public.

On peut se poser la question de savoir si la Prison a-t-elle encore la même utilité qu’il y a encore 50 ans. La prison n’est donc pas (plus ?) réparatrice, ni pour le détenu, ni pour les victimes. Mais dans ce débat, on ne parle pas assez de la réparation à la victime car l’expression « payer sa dette à la société » n’a jamais aussi mal porté son nom. Cependant, tout n’est peut-être pas perdu.

Le formidable Michel Foucault, dans son ouvrage de référence « Surveiller et Punir », affirmait que le système pénal ne vise pas uniquement la réduction du crime, mais le maintien d’un ordre social par l’enfermement des populations jugées « à risque ». Il est donc question, de faire peur aux citoyens grâce à la prison. Mais la prison, aujourd’hui, ne fait plus peur.

Pire ! Elle constitue un univers de recrutement pour le radicalisme et pour des réseaux criminels, on en sort trop facilement, trop de choses (drogue, téléphones,…) y rentrent illégalement. Cela doit évidemment changer.

La prison doit donc rester sévère qu’elle le doit. Mais pour une certaine frange de détenus, pour des infractions de gravité relative, il pourrait être question d’un changement de paradigme. Il serait grandement temps d’envisager, plutôt qu’une prison « bêtement punitive », une prison rétributive. Plutôt qu’une unique privation de liberté, envisager que le détenu contribue réellement par sa main d’œuvre, en étant justement et correctement rémunéré pour des travaux qu’il accomplirait en prison.

Evidemment, moyennement quelques aménagements logistiques, a fortiori si cela devait impliquer des déplacements en entreprise hors de la prison ou, à l’inverse, si des entreprises ou associations envisageaient d’employer des prisonniers, toujours sur base volontaire, afin d’occuper utilement leur temps.

De cette manière, l’expression « payer sa dette à la société » prendrait davantage de sens, surtout si le détenu doit indemniser les victimes et parties civiles.

Un tel article ne permet pas de présenter en détails l’envergure d’un tel projet. Mais restez branchés chers lecteurs, le Groupe de travail « Sécurité et Justice » des Jeunes MR vont très bientôt y remédier. To be continued…

Garry Moës

Délégué Justice, Intérieur, Sécurité, Défense et Protection des libertés individuelles

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