D’un côté, on annonce des hausses d’accises sur l’énergie au niveau européen. De l’autre, les mêmes responsables politiques réclament des mesures pour faire baisser le prix du carburant. Et entre les deux ? Une avalanche de subsides pour tenter de compenser.
Cette contradiction n’est pas un détail. Elle est le symptôme d’un problème beaucoup plus profond : l’incapacité, pour certains, depuis parfois plus de trente ans, de regarder la réalité budgétaire en face.
Car oui, le débat sur l’énergie est important. Mais il n’est que la partie émergée de l’iceberg. Et le budget qui finance notre pays, alors ?
Depuis des années, la Belgique vit au-dessus de ses moyens. Le déficit se creuse, la dette s’alourdit, et pourtant, le réflexe politique reste le même : dépenser davantage pour corriger les effets de décisions… qui coûtent déjà cher.
Prenons ce qui se passe aujourd’hui. On augmente la fiscalité sur l’énergie, directement ou indirectement, au nom de la transition ou de choix politiques européens. Résultat : les prix montent, les ménages souffrent, les entreprises perdent en compétitivité. Face à cela, que propose-t-on ? Le célèbre cadeau empoisonné : on vous donne aujourd’hui pour mieux vous reprendre demain. Et ce, souvent par les mêmes qui ont décidé qu’à l’horizon 2030, un prix de deux euros le litre à la pompe serait considéré comme « normal ».
Pour mémoire, la notion de « cliquet inversé » revient aujourd’hui dans le débat, sans que son origine soit toujours bien comprise. À l’origine, le mécanisme du « cliquet » consistait à profiter des baisses de prix des carburants pour en limiter partiellement l’impact, en prélevant une partie de la diminution au profit de la sécurité sociale. Par la suite, face à la hausse des prix, le « cliquet inversé » a été introduit pour faire l’inverse : atténuer les augmentations en limitant les hausses afin de protéger les consommateurs. Un mécanisme porté notamment par le Mouvement Réformateur.
C’est là que le débat devient essentiel : chaque nouvelle aide, chaque subside, chaque mécanisme de soutien vient alourdir un budget déjà sous pression. On donne l’illusion de protéger, mais en réalité, on reporte la facture. Sur qui ? Sur les travailleurs, sur les entreprises, et surtout sur les générations futures.
Cette fuite en avant est dangereuse.
D’abord, parce qu’elle entretient une illusion. Non, l’État ne peut pas tout compenser. Non, on ne peut pas simultanément augmenter les taxes, distribuer des aides massives et maintenir des finances publiques saines. À un moment, les chiffres rattrapent les discours.
Ensuite, parce qu’elle affaiblit notre économie. À force de taxer pour redistribuer, on pénalise ceux qui produisent, ceux qui entreprennent, ceux qui travaillent. Et sans création de richesse, il n’y a rien à redistribuer.
Enfin, parce qu’elle pose une question de responsabilité politique. Peut-on sérieusement continuer à promettre toujours plus, sans jamais dire comment cela sera financé ? Peut-on continuer à empiler des mesures sans jamais remettre en cause leur cohérence globale ?
Je souhaite appeler chacun à regarder les faits. Une fois les mécanismes de redistribution pris en compte, plusieurs membres du gouvernement défendent une approche plus responsable : maîtrise des dépenses, soutien à l’activité économique et refus des solutions simplistes fondées uniquement sur la redistribution. Là où certains cèdent à la facilité des annonces, ils rappellent une exigence essentielle : chaque euro dépensé doit être utile, efficace et financé.
Les exemples ne manquent pas : la ministre Simonet et son plan pour les PME, le ministre Clarinval et le cliquet inversé, le ministre Quintin et son plan « grande ville » pour la sécurité, ou encore le ministre Bihet avec la volonté de construire une véritable politique énergétique.
Plutôt que de taxer pour ensuite compenser, il faut s’attaquer aux causes. Cela implique une fiscalité plus lisible et plus stable, notamment sur l’énergie. Cela suppose aussi une réduction réelle des dépenses publiques là où elles sont inefficaces. Et surtout, cela exige de faire des choix.
Oui, faire des choix. Car gouverner, ce n’est pas promettre tout à tout le monde. C’est définir des priorités et s’y tenir.
Une approche réformatrice de l’économie assume cette réalité. Elle refuse les illusions budgétaires et les politiques à court terme. Elle fait le pari de la responsabilité : moins de dépenses inutiles, plus d’efficacité, et une fiscalité qui encourage plutôt qu’elle ne pénalise.
Sur l’énergie comme sur le reste, la cohérence doit redevenir la règle. On ne peut pas, en permanence, souffler le chaud et le froid. On ne peut pas dire une chose et faire son contraire.
Si nous continuons sur cette trajectoire, nous n’allons pas simplement vers des factures d’énergie plus élevées. Nous allons vers un affaiblissement durable de notre économie et une perte de maîtrise de nos finances publiques.
Le mur n’est pas une image. C’est une trajectoire. Et nous pouvons encore l’éviter.
Alors non, ne cédons pas au populisme ni aux solutions faciles. Soyons lucides. Comprenons comment nous en sommes arrivés là. Acceptons de corriger les erreurs du passé pour garantir un avenir à nos enfants.
Alors oui, d’Ixelles à Bastogne, de Tournai à Sprimont, où que vous soyez, soyez fiers d’être libéraux. Nous avons, et nous aurons toujours, le pouvoir de faire changer les choses.

David Cioponea, Délégué Emploi, Entrepreneuriat, Économie et Fiscalité