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Entre droits d’auteur et traditions : le dilemme des carnavals

Nos carnavals coûtent plus cher… et ce sont nos traditions qui en paient le prix.

Lorsqu’on parle du carnaval, on pense aux cortèges colorés, aux fanfares, aux chars construits pendant des mois et à l’engagement incroyable de centaines de bénévoles. On pense à la convivialité, à la transmission des traditions et à ces moments uniques qui rassemblent toutes les générations. Mais derrière cette fête populaire se cache une réalité bien plus complexe : organiser un carnaval coûte cher, et ces coûts ne cessent d’augmenter.

Dans toute la Communauté germanophone et au-delà, les comités de carnaval doivent faire face à une pression financière grandissante. Parmi les facteurs qui inquiètent particulièrement : la hausse des redevances réclamées par la SABAM pour l’utilisation de musique lors des événements publics.

Personne ne conteste le principe du droit d’auteur. Les artistes doivent être rémunérés pour leur travail, et c’est légitime. Mais lorsque les montants augmentent fortement, sans réelle prise en compte de la taille des événements ni de leur caractère essentiellement bénévole, c’est tout un équilibre fragile qui est menacé.

À Eupen, le Rosenmontagszug Eupen attire chaque année des milliers de visiteurs et fait vivre l’économie locale. À Kelmis, le Rosenmontagszug Kelmis est un moment fort du calendrier festif. Dans des communes comme Raeren, Lontzen ou Büllingen, les cortèges sont bien plus qu’un divertissement : ils sont un symbole d’identité régionale.

Ces événements reposent presque exclusivement sur des bénévoles. Ce sont eux qui construisent les chars, organisent les cortèges, assurent la logistique et recherchent des sponsors. Chaque augmentation de coût signifie davantage de recherches de financement, des budgets à revoir, parfois des animations supprimées ou des prix d’entrée augmentés. À terme, c’est l’accessibilité même de ces fêtes qui pourrait être remise en question.

Les carnavals ne sont pas des multinationales de l’événementiel. Ils sont l’expression vivante d’un patrimoine culturel profondément enraciné. Ils créent du lien social, soutiennent l’horeca et les commerces locaux, et offrent aux jeunes une expérience d’engagement collectif unique.

Face à cette situation, il est indispensable d’ouvrir le dialogue. Une plus grande transparence dans les calculs, des tarifs adaptés aux réalités locales et une concertation structurelle avec les représentants des carnavals seraient des premières étapes essentielles.

Préserver nos traditions ne signifie pas refuser le progrès ou ignorer les droits d’auteur. Cela signifie trouver un équilibre juste entre rémunération des créateurs et survie de nos fêtes populaires.

Car si nos carnavals s’affaiblissent, ce n’est pas seulement une fête qui disparaît. C’est une part de notre identité régionale qui s’efface.

Maëlle Locht

Déléguée Relations avec les JFF

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