Le 28 février dernier, le monde fut pris de court par une démonstration de force militaire américano-israélienne sans précédent en Iran. En quelques heures seulement, de nombreux sites industriels, militaires et nucléaires de la République islamique furent durement frappés. Cette intervention conjointe aboutit dès le premier jour de la guerre à la mort du Guide suprême Ali Khamenei, chef spirituel et politique du régime depuis 1989, ainsi qu’à celle de plusieurs dignitaires parmi les plus influents du pays.
Dans un premier temps, les réactions furent marquées par une forme d’euphorie au sein de la diaspora iranienne et dans une bonne partie de l’opinion occidentale. Beaucoup ont voulu voir dans cette « neutralisation » le début de la fin du régime des mollahs, une dictature qui emprisonne, torture et tue ses opposants, et qui persécute les femmes refusant de vivre sous l’autorité oppressante de la charia.
Cependant, d’autres observateurs ont préféré se montrer plus prudents. Les expériences récentes ont en effet montré que les opérations de regime change menées par les États-Unis sont particulièrement risquées. Les interventions en Irak, en Afghanistan ou en Libye ont laissé des situations complexes, souvent chaotiques. À l’heure où on écrit ces lignes, cette prudence semble s’être révélée justifiée.
Aux États-Unis, la guerre menée par Donald Trump est loin de faire l’unanimité. Elle divise profondément sa base politique et les partisans du mouvement MAGA. Cette base isolationniste avait été séduite par ses promesses de mettre fin aux « guerres sans fin » au Moyen-Orient, accusées d’endetter le pays et de coûter la vie à de nombreux soldats américains, alors même que les États-Unis font face à d’importants défis internes. Dans ce contexte, la durée de l’engagement américain dépendra largement de facteurs économiques et politiques, notamment de l’évolution des marchés financiers et du prix du pétrole. Si le coût du conflit devient trop lourd pour la population américaine, Donald Trump pourrait être tenté de réduire l’implication militaire afin d’éviter une contestation intérieure, voire de se retirer complètement.
Israël, l’autre acteur majeur de ce conflit, poursuit des objectifs différents. Pour l’État hébreu, cette guerre revêt une dimension existentielle. Depuis la révolution islamique de 1979, la République islamique d’Iran affiche la disparition d’Israël comme objectif stratégique central. Pour le gouvernement de Benjamin Netanyahu, il s’agit donc de détruire les capacités militaires, industrielles et nucléaires iraniennes, mais surtout, d’affaiblir durablement le régime et les proxies qui lui sont liés.
Dès les premiers jours du conflit, les tensions se sont également diffusées aux pays du Golfe. Des images de débris de missiles tombant à Dubaï, ville perçue comme un havre de stabilité et de prospérité, ont rappelé la vulnérabilité de ces pays et les limites d’un modèle fondé à la fois sur le parapluie militaire américaine et le commerce international ainsi que le tourisme de luxe. Avec la présence de nombreuses bases militaires américaines, ces pays constituent des cibles immédiates de choix pour les représailles iraniennes.
Cependant, ces frappes, et plus particulièrement celles visant l’Arabie saoudite, gardienne des lieux saints de l’islam, pourraient également produire un effet politique inattendu : elles pourraient limiter à peau de chagrin la mobilisation du monde musulman et des communautés musulmanes en Europe contre les bombardements menés en Iran qui, on l’a vu, ont déjà fait de nombreuses victimes civiles.
Pendant ce temps, l’Europe a une nouvelle fois donné l’image d’un acteur mineur dans les grandes affaires internationales. Selon Emmanuel Macron, l’Europe n’aurait pas été informée à l’avance du déclenchement de l’opération. La Commission européenne a tardé à formuler une position officielle, tandis que les États membres ont exprimé des réactions dispersées. Après la guerre en Ukraine, cette situation illustre une nouvelle fois les limites de la « puissance européenne ». Sans réforme profonde de ses mécanismes décisionnels et sans véritable prise de conscience stratégique, l’Union européenne risque de demeurer encore longtemps un géant économique mais un nain géopolitique.
La question centrale reste désormais celle de la durée du conflit. Les déclarations américaines apparaissent parfois contradictoires : Donald Trump semble vouloir limiter les conséquences politiques d’une guerre prolongée à l’approche des élections de mi-mandat, qui s’annoncent difficiles. Israël, en revanche, semble déterminé à poursuivre les opérations tant que la République islamique ne sera pas durablement affaiblie, voire neutralisée. Cependant, les différents belligérants feraient bien de se rappeler les mots de Machiavel : « On commence une guerre quand on veut on la termine quand on peut ».
La chute rapide du régime iranien paraît aujourd’hui peu probable. L’appareil d’État iranien demeure puissant, structuré et redouté. Toute tentative de soulèvement populaire risque d’être violemment réprimée, comme cela a déjà été le cas lors des manifestations du début de l’année 2026.
Dans ce contexte international instable et marqué par une recomposition des équilibres géopolitiques, les Jeunes MR continueront de soutenir les aspirations légitimes du peuple iranien. Toute issue à ce conflit devra cependant éviter l’enlisement militaire ainsi que la déstabilisation durable de l’Iran et de la région.
La République islamique et l’idéologie qu’elle porte constituent une menace majeure pour la stabilité internationale. Mais l’Europe et la Belgique ne doivent pas être les victimes collatérales de cette situation. Cette crise rappelle, une fois encore, l’importance stratégique de renforcer notre autonomie énergétique afin de réduire notre dépendance aux aléas géopolitiques du Moyen-Orient, région qui demeure plus que jamais une poudrière à ciel ouvert.
Julien Collin, Vice-président des Jeunes MR Waremme‑Hesbaye