Postulez, c’est (presque) gratuit !
Vous allumez votre ordinateur après une journée à avoir sollicité des entreprises sur le terrain. Sur LinkedIn et Indeed, vous êtes toujours aussi surpris de voir l’abondance de jobs mis en ligne, et ce, à toutes heures. Bienvenue dans le marché de l’emploi à l’ère digitale, où vous pouvez choisir ou changer de travail aussi facilement que de vêtements.
Néanmoins, ce confort ne doit pas vous leurrer. Vous jouez selon de nouvelles règles : mise en concurrence avec un nombre de candidats substantiellement plus grand, difficultés à contacter la personne à l’origine même de l’offre (vu qu’elles sont parfois relayées par des agences tierces) et nécessité de communiquer beaucoup plus d’informations que normalement nécessaire.
Pour ceux effectuant cette pratique, le calcul est donc nettement positif : vos informations sont collectées avec ou sans votre consentement, feindre un recrutement leur donne une certaine désirabilité auprès des travailleurs et ils pourront se prévaloir de ne pas avoir trouvé la perle rare pour ne pas se faire prendre sur le fait. Résultat : le marché est congestionné, avec des demandeurs d’emploi qui en viennent à postuler là où ils n’ont même pas les compétences requises et une explosion de « jobs fantômes » (entre 20 et 40 % selon la plateforme) éclipsant ceux de PME voulant réellement embaucher.
Une position cohérente
Même si vous ne vivez pas personnellement la situation, les récents événements d’actualité vous amèneront à cette conclusion : gel de certaines matières premières à Ormuz et en Ukraine, une fiscalité qui pouvait, avant nos premières réformes, décourager n’importe quel entrepreneur d’embaucher et une spéculation grandissante sur les capacités de l’intelligence artificielle. Tous ces indicateurs sont, en effet, en totale dissonance avec l’explosion d’offres sur internet.
Le Mouvement Réformateur ainsi que son organisation de jeunesse ont systématiquement tenu à être justes dans leurs prises de position liées à l’emploi.
La réforme du chômage a voulu clairement définir que l’immobilisme (et non l’invalidité) ne devait plus être un business en lui-même. La ministre Glatigny ainsi que notre partenaire Engagée Elisabeth Degryse ont enjoint les institutions scolaires à sensibiliser les jeunes aux technologies qu’ils utiliseront demain au travail pour que l’intellect qu’ils se forgent puisse être en adéquation avec les réalités des entreprises et le Ministre Jeholet, via la mesure Job+, tendra à compenser financièrement l’embauche de profils marginalisés professionnellement.
Désormais, si nous voulons consolider ces acquis, nous devons porter la réforme dans la digisphère où se concentre l’essentiel des flux professionnels et des inégalités qui ont été adressées.
Ce que nos institutions peuvent faire
Parce que les fausses offres d’emploi entraînent une surestimation de la situation par nos gouvernements, l’enjeu de rétablir des données fiables permettra de mieux gérer l’équilibrage des aides dans les secteurs qui en ont réellement besoin.
Pour faire l’état de la situation, nous disposons actuellement des outils nécessaires pour mesurer l’ampleur de cette fraude : l’Office National de la Sécurité Sociale, en recensant trimestriellement les cotisations, permet de nous informer du nombre de travailleurs au sein de chaque compagnie ; le Forem ou Actiris (selon votre région) concentrent, eux, quotidiennement les offres d’emploi.
Recouper les informations est donc possible mais doit être fait en perspective : une entreprise peut éventuellement émettre un volume d’offres plus important lors d’un seul trimestre en comparaison de sa taille si elle est en expansion, mais si cette disproportion se note sur au moins trois trimestres sans agrandissement notable, alors il est certain que ce sont des positions qui n’avaient pas lieu d’être.
Pour ces compagnies, nos autorités pourront, tout d’abord, proscrire directement l’éligibilité de ces entreprises au plan Job+ pour en faire réellement un outil à dimension non seulement économique mais sociale. En parallèle, un second levier pourrait simplement se transposer en une légère taxe cumulable par emploi fantôme pour toutes les entreprises dans la situation mentionnée. Cette situation leur laisserait non seulement la liberté de poster en défense du libéralisme économique mais les pousserait à davantage clarifier leurs attentes, améliorer les processus de recrutement et offrir des réponses plus rapides aux différents candidats à l’embauche.
Ce que nous pouvons faire sur internet
Le fond du problème reste évident : si nous commençons à contrôler via nos institutions, cette fraude se déplacera dans des endroits qui tendent à encourager ces comportements en raison de leur fonctionnement. LinkedIn et Indeed prospèrent déjà sur ce système car leurs algorithmes fonctionnent sur l’illusion de l’embauche pour que la rétention s’opère.
Face à cela, je ne demande pas à ce que ces plateformes soient bannies parce qu’elles peuvent constituer, pour les personnes n’ayant initialement pas beaucoup de réseau, un bon outil pour entrer en contact avec des employeurs de leur localité ou se tenir au courant des tendances professionnelles, mais elles devront se plier aux mêmes standards que ceux publiés physiquement :
- En informant le demandeur d’emploi dès le départ de la rémunération pour la position exprimée.
- En obligeant les entreprises à joindre une URL permettant au demandeur d’accéder directement à l’offre sur le site d’origine et non hôte.
- La suppression automatisée de toutes les vacances ayant expiré afin d’optimiser le temps des demandeurs d’emploi.
- Permettre aux entreprises utilisant LinkedIn de restreindre leurs offres aux seuls utilisateurs habitant dans un périmètre défini afin de maximiser [la pertinence]. Par cette méthode, ce n’est plus le demandeur qui viendrait à l’employeur mais l’opposé, et la qualité récoltée serait supérieure au détriment de la quantité.
- Réprimander tout logiciel ou toutes procédures demandant des informations n’étant pas liées à la fonction (exemple : profession des parents, stabilité financière, activités hors heures professionnelles).
Toutes ces garanties seront bientôt transposées nationalement depuis le vote de la loi sur la transparence salariale votée par l’Europe en 2023. Il sera nécessaire d’ouvrir une commission fédérale à part car le marché digital est devenu aujourd’hui une entité à part, voire même plus importante que celui physique.
Peu importe la finalité, nous serons gagnants sur les deux tableaux : soit ces plateformes accèdent à nos demandes, soit elles seront punies par les législations européennes et fédérales qui peuvent éventuellement se prononcer sur une interdiction. Cette deuxième possibilité, si elle émerge, encouragerait de toute façon les offreurs à se rabattre sur le Forem, vu qu’ils n’ont aucun intérêt à publier leurs offres sur une cinquantaine de sites par souci de temps et de concision, ainsi qu’à pousser les agences locales de l’emploi à réellement promouvoir les opportunités de la région et ainsi amplifier leur valeur.
Votée lors du dernier congrès des Jeunes MR, la lutte contre les ghost jobs est une posture courageuse et transpartisane dans une époque où les jeunes veulent plus que jamais travailler pour gagner leur indépendance. Elle reconnaît la peine psychologique infligée aux demandeurs impliqués en réduisant la distance qui les sépare de leurs objectifs professionnels. Les Jeunes MR veulent l’édification d’une génération à l’emploi en commençant par un signal simple : la recherche ne doit plus être une humiliation, mais une porte ouverte concrète.

Baptiste Wirtz
Délégué Digitalisation, Nouvelles technologies et Intelligence artificielle