« Les plus riches doivent contribuer davantage. »
Qui pourrait être contre ? Présentée ainsi, la proposition paraît frappée au coin du bon sens. Mais une politique publique ne se juge pas à ses intentions.
Elle se juge à ses résultats.
Et c’est précisément là que la taxe sur le patrimoine proposée par Les Engagés soulève de vraies questions.
Que proposent Les Engagés ?
Une taxe annuelle sur les patrimoines financiers supérieurs à 500 000 €, pouvant atteindre 0,60 % au-delà de 3 millions d’euros.
L’objectif est clair : contribuer au redressement des finances publiques en faisant davantage participer les plus grandes fortunes. L’intention est légitime. Mais en économie, les bonnes intentions produisent parfois de très mauvais résultats.
Pourquoi le cas Odoo est révélateur ?
Fabien Pinckaers détient un peu plus de la moitié d’Odoo. Sur le papier, cette participation vaut plusieurs milliards d’euros. Mais une valorisation n’est pas de l’argent disponible. C’est la valeur d’une entreprise.
Avec cette taxe, il estime devoir payer plus de 30 millions d’euros par an, alors qu’il affirme ne disposer que d’environ 100 000 € de liquidités personnelles.
Pour payer, il ne lui resterait que deux options :
- Vendre une partie de son entreprise ;
- Quitter la Belgique.
La réaction du fondateur d’Odoo est sans appel :
« Adieu la Belgique. »
Le véritable problème
Le sujet n’est pas Fabien Pinckaers. Le sujet, c’est la Belgique.
Odoo n’est pas une fortune qui dort. C’est une entreprise qui investit, recrute, exporte et innove. Aujourd’hui, elle représente 15 000 emplois, 323 millions d’euros d’exportations et près de 100 millions d’euros de recettes fiscales chaque année.
Taxer chaque année la valeur théorique d’une telle entreprise revient à taxer un outil de production avant même que la richesse qu’il crée ne soit réalisée.
Le problème n’est pas que le prochain milliardaire parte.
Le problème est que le prochain milliardaire ne vienne jamais.
Les expériences étrangères parlent d’elles-mêmes
La Belgique ne serait pas la première à emprunter cette voie.
🇳🇴 En Norvège, le renforcement de l’impôt sur la fortune s’est accompagné d’un nombre record de départs de grandes fortunes.
🇫🇷 En France, l’impôt sur la fortune a finalement été recentré sur le seul patrimoine immobilier.
🇱🇺 Pendant ce temps, le Luxembourg fait le choix inverse : pas d’impôt sur la fortune des particuliers et une fiscalité attractive pour attirer entrepreneurs et investisseurs.
Les capitaux circulent. Les entrepreneurs aussi.
Le vrai débat
La question n’est pas de savoir si les plus aisés doivent contribuer. Ils contribuent déjà.
La seule question qui compte est celle-ci : Cette taxe atteindra-t-elle réellement son objectif… ou découragera-t-elle ceux qui créent les entreprises, les emplois et les recettes fiscales de demain ?
Les revenus peuvent être taxés.
Les dividendes peuvent être taxés.
Les plus-values peuvent être taxées.
Mais taxer chaque année une richesse qui n’a pas encore été réalisée, c’est confondre patrimoine et liquidités.
L’analyse des Jeunes MR
La Belgique n’a pas besoin d’un nouvel impôt.
Elle a besoin d’une fiscalité cohérente, prévisible, compétitive et stable.
Une fiscalité qui récompense le travail.
Qui encourage la prise de risque.
Qui attire les investisseurs.
Qui donne envie d’entreprendre.
Parce que la prospérité ne se décrète pas.
Elle se construit.
Elle s’encourage.
Elle s’attire.
Au fond, la vraie question n’est pas de savoir comment taxer le prochain créateur d’Odoo.
La vraie question est de savoir comment faire en sorte que le prochain Odoo choisisse encore de naître, de grandir et de rester dans notre pays.
À chacun ensuite de juger si taxer chaque année le patrimoine productif relève encore d’une politique de centre… ou si, sur cette question, le centre a bel et bien pris un virage à gauche.

Cédric de Buf
Président des Jeunes MR

Nicolas Collignon
Délégué Économie, Fiscalité, Emploi et Entrepreneuriat