Andy Burnham est devenu le nouveau Premier ministre britannique après avoir été élu à la tête du Parti travailliste, succédant à Keir Starmer.
À 56 ans, l’ancien maire du Grand Manchester, surnommé le « roi du Nord », s’est imposé comme le défenseur des régions anglaises face au pouvoir central de Londres, notamment pendant la pandémie de Covid-19. Il promet désormais d’appliquer à l’échelle nationale la recette qui a fait sa réputation : davantage de pouvoirs pour les territoires, une réindustrialisation du pays et un État plus présent dans les services essentiels.
Burnham à Manchester: une nouvelle identité urbaine financée par la dette ?
Élu premier maire du Grand Manchester en 2017, Burnham fait de la métropole un laboratoire politique.
Son principal succès est la reprise progressive du contrôle public du réseau de bus, qu’il souhaite intégrer avec les tramways et les trains au sein d’un système unique.
Mais cette politique a un coût. Les grands projets de son mandat représentent plusieurs centaines de millions de livres et certains sont déjà considérés comme des échecs coûteux pour le contribuable. La dette du Grand Manchester atteint aujourd’hui 1,4 milliard de livres, tandis que 2,5 milliards supplémentaires seraient nécessaires pour financer ses ambitions. Une transformation urbaine largement financée par l’endettement.
Le « manchesterisme »
La doctrine de Burnham repose sur une décentralisation accrue : transférer davantage de pouvoirs de Londres vers les régions pour les transports, le logement, la santé ou le développement économique.
Mais cette promesse n’a rien de nouveau. Tony Blair avait déjà engagé la dévolution sans véritable autonomie, tandis que Keir Starmer promettait lui aussi de renforcer les pouvoirs régionaux avant de recentraliser plusieurs décisions une fois au pouvoir. Après deux ans d’un gouvernement Starmer marqué par une croissance décevante, une pression fiscale record et une popularité en chute libre, Burnham assure vouloir tourner la page… tout en défendant l’essentiel du même logiciel travailliste.
Surtout, il ne prévoit pas de véritable rééquilibrage des pouvoirs avant 2030, soit après les prochaines élections, alors que le Labour est désormais menacé par Reform UK de Nigel Farage.
Burnham défend également un « socialisme favorable aux entreprises » mêlant intervention de l’État, soutien au secteur privé, contrôle public de secteurs stratégiques et réindustrialisation. Des objectifs ambitieux qui, comme à Manchester, risquent de peser lourdement sur les finances publiques.
Une conquête de Downing Street par les coulisses
Burnham promet de relancer l’industrie, construire davantage de logements sociaux, lutter contre le sans-abrisme et protéger les ménages face au coût de la vie.
Mais son accession au pouvoir laisse des interrogations. Il n’a pas conduit le Labour à la victoire électorale et n’est revenu à Westminster qu’après l’usure politique de Keir Starmer, grâce à une circonscription sûre laissée vacante par un proche.
Son élection à la tête du parti s’est surtout jouée auprès des parlementaires, davantage que des militants, alimentant les critiques d’une succession organisée dans les couloirs de Westminster plutôt que dans les urnes.
Andy Burnham arrive à Downing Street avec l’image d’un bâtisseur local et d’un homme de terrain. Mais derrière la promesse de renouveau, il hérite surtout d’un Parti travailliste usé par deux années de pouvoir, dont il partage l’essentiel des orientations économiques et institutionnelles. Entre un bilan local financé par un fort endettement et un programme national aux contours familiers, le « roi du Nord » devra rapidement prouver qu’il incarne autre chose qu’un simple changement de visage à la tête du Labour.