Dans une boutique de CBD, les noms se ressemblent : « relax », « premium », « extra strong », « moon rock ». Les vendeurs parlent de détente, de sommeil ou de bien-être. Mais certains produits vendus dans cet univers ne sont pas simplement du CBD. Ils contiennent parfois des molécules comme le HHC ou le THC-P, susceptibles de provoquer des effets psychoactifs proches de ceux du cannabis classique.
Pour beaucoup de clients, la différence n’est pas évidente. Le CBD est connu comme une substance qui ne produit pas d’effets psychoactifs marqués. Le THC, lui, est la molécule du cannabis responsable de ses principaux effets psychoactifs. Entre les deux, de nouveaux produits apparaissent avec des noms compliqués et une promesse simple : produire des effets plus intenses tout en restant dans une zone présentée comme « légale ».
C’est là que le problème commence. Une fleur de CBD peut avoir l’apparence et l’odeur du cannabis. Elle peut aussi être mélangée ou recouverte d’autres substances. Pour le consommateur, il devient difficile de savoir ce qu’il achète vraiment et quels effets il peut ressentir.
Le HHC, par exemple, est une molécule proche du THC. Les connaissances scientifiques sur ses effets chez l’être humain restent limitées. L’Agence européenne sur les drogues alerte également sur des produits dont l’apparence peut faire croire à du CBD classique, alors qu’ils contiennent des cannabinoïdes plus puissants.
En Belgique, la législation ajoute au flou. Les produits issus du chanvre ne sont pas tous autorisés de la même manière. Les règles dépendent de la quantité de THC, mais aussi de la forme du produit : fleur à fumer, huile, cosmétique, bonbon ou boisson. Par exemple, les aliments et compléments alimentaires contenant du CBD ne peuvent notamment pas être vendus légalement.
Le résultat est paradoxal. D’un côté, le cannabis reste interdit. De l’autre, un marché de produits proches du cannabis se développe, avec des règles difficiles à comprendre pour le grand public. Certains consommateurs pensent acheter un produit sans effets psychoactif et légal ; ils peuvent en réalité se retrouver face à des substances dont les effets sont parfois plus intense que du cannabis avec du THC.
Ce flou ne profite à personne : ni aux clients, qui manquent d’informations, ni aux vendeurs sérieux, qui doivent se distinguer de produits douteux, ni aux autorités, qui courent après un marché qui évolue sans cesse.
Face à ce marché difficile à contrôler, une question revient : ne serait-il pas plus simple de légaliser certains produits à base de cannabis afin de mieux les réguler ? Une légalisation encadrée permettrait de contrôler la composition des produits, d’imposer des dosages précis, de limiter la vente aux adultes et de mieux informer les consommateurs sur les risques. L’objectif ne serait pas de banaliser la consommation, mais d’éviter qu’elle se développe dans un marché flou, où les produits sont parfois mal étiquetés et insuffisamment contrôlés.

Martin De Meulemeester
Délégué Jeunesse, Enseignement, Vie étudiante, Santé et Affaires sociales