Entrée en vigueur il y a seulement une trentaine de jours, la directive européenne sur les petits colis visant à instaurer une taxe supplémentaire de 3 euros pour tout colis importé hors du sol européen dont la valeur est inférieure à 150 euros peut se targuer d’être une réussite au sein de nos frontières.
En un mois seulement, ce sont 42 millions d’euros qui ont pu être levés pour financer nos caisses nationales, malgré la baisse attendue de la consommation visée par cette même taxe. Par ce coup de maître, elle démontre le pari réussi des autorités européennes d’endiguer certains comportements néfastes des acheteurs comme des producteurs, sans pour autant imposer une transition brutale dans le monde du commerce numérique.
Tout d’abord, elle conscientise les consommateurs sur la portée de leurs achats. L’imposition de ces trois euros pourrait paraître anecdotique pour des produits atteignant 149,99 euros, surtout si leur conception est exclusive à d’autres continents. En revanche, elle est profondément marquante pour ceux dont le prix de vente est inférieur à 50 euros (et qui sont, de facto, plus faciles à produire sur notre territoire national). Par ce simple exercice, même si le consommateur cherche avant tout à faire des économies, il effectuera deux bonnes actions supplémentaires : il aura davantage de chances d’acheter, d’une part, auprès d’une entreprise belge et, de l’autre, de réduire son empreinte
carbone.
Dans le même prolongement, elle protège indirectement les utilisateurs des tactiques toujours plus prédatrices employées par certaines grandes plateformes numériques pour leur soutirer de l’argent. Si le client est effectivement roi dans sa décision, celui-ci doit pouvoir la prendre en connaissance de cause. Or, cet exercice devient de plus en plus difficile avec les dark patterns employés (images IA, prix trafiqués et paiements fractionnés). Face à l’incapacité de négocier avec les revendeurs les plus récalcitrants, cette taxe rappelle directement que, peu importe la tactique
employée, le consommateur devra faire face à une augmentation de trois euros. La plateforme y sera tout aussi impuissante, ce qui diminuera profondément les achats compulsifs.
L’État peut aussi désormais se reposer sur un réel outil de suivi de la consommation numérique grâce à ce nouveau modèle de rentrée d’argent. Il pourra analyser concrètement les changements que les Belges opéreront dans leurs achats futurs, tout en regardant de plus près la nature des objets d’un montant supérieur à 150 euros qui traversent nos frontières. Si les perceptions fiscales risquent indéniablement de baisser en raison de l’adaptation progressive des mentalités, cette taxe restera tout de même un puissant levier. En effet, de nombreux produits fabriqués à l’étranger resteront attractifs et ne risqueront pas d’être retirés de notre marché, puisque l’ensemble des
vingt-sept États membres ont décidé de s’aligner derrière cette audacieuse directive.
Encore jeune, la taxe sur les petits colis pave la voie à de nombreuses manières d’optimiser la plus-value des phénomènes modernes de consommation, tout en réduisant les effets néfastes de ceux qui souhaitent insidieusement en tirer parti. Elle reflète le caractère d’une Europe consciente des enjeux qui l’entourent et du destin qu’elle aspire à se construire.

Baptiste Wirtz
Délégué Digitalisation, Nouvelles technologies et Intelligence artificielle