La rentrée aurait dû être un moment d’élan, de nouveaux projets et de retrouvailles avec les bancs de l’école. Elle a surtout été marquée, ces derniers mois, par une crise scolaire qui s’installe en Fédération Wallonie-Bruxelles : grèves à répétition, blocages, cortèges d’élèves dans la rue. Un mouvement, porté notamment par le collectif Mars Attacks, qui s’est imposé dans le débat public comme le porte-voix de tout un secteur. Je pense que certains questions posées, par le collectif, sont légitimes mais qu’il y répond de la mauvaise manière.
D’abord, le malaise est réel et ancien. Depuis le transfert de l’enseignement à la Fédération Wallonie-Bruxelles en 1989, les réformes se sont accumulées sans être suffisamment évaluées avec ceux qui vivent la classe au quotidien. Les enquêtes PISA le confirment : les résultats des élèves se dégradent depuis près de trente ans, alors que notre enseignement compte parmi les mieux financés du monde. Le problème n’est donc pas d’abord budgétaire. Il tient à des décisions empilées loin du terrain, jamais reliées entre elles, et à un dialogue qui s’est rompu entre les autorités et les acteurs de l’école. Ce n’est donc pas les réformes actuelles qui tuent l’enseignement comme certains le prétendent.
Cette contestation méritait d’être entendue bien avant qu’elle ne s’exprime dans la rue. Mais un mouvement qui s’autoproclame représentant de toute une profession, sans le mandat démocratique dont disposent les organisations syndicales élues par leurs pairs, prend une responsabilité qu’il n’a pas reçue. Et lorsque des enseignants qui nuancent, qui choisissent de ne pas faire grève ou qui expriment simplement un avis différent se retrouvent mis à l’écart de leur salle des profs, ce n’est plus le débat démocratique qui s’exerce, mais un rapport de force illégitime qui s’impose.
Le point le plus préoccupant reste l’implication des élèves eux-mêmes. Les inviter à quitter les cours pour rejoindre les mobilisations, c’est leur faire porter un combat qui n’est pas le leur. Chaque journée de classe perdue se rattrape difficilement, et elle ne pèse pas de la même manière pour tout le monde : les familles qui en ont les moyens compensent par un soutien scolaire privé, les autres non. Ce sont donc les élèves les plus fragiles qui risquent de payer le prix le plus lourd d’un mouvement censé, justement, défendre l’égalité des chances.
L’école a pour mission principale : d’apprendre à ses élèves comment penser et pas quoi penser !
En faire les porte-voix des tensions du monde adulte n’est pas un acte d’émancipation, c’est renoncer à cette mission.
Je ne conteste pas le droit de grève, ni la légitimité des questions posées sur l’état de notre enseignement. Je demande simplement que la voix de chacun, gréviste ou non, syndiqué ou non, ait sa place dans ce débat, et que les élèves en restent les bénéficiaires plutôt que les instruments. Et si le meilleur service à rendre à notre enseignement était, avant toute nouvelle journée d’action, de remettre autour de la table ceux qui le font vivre chaque jour ?

Julien Haid
Vice-Président des Jeunes MR OVA