Ces dernières semaines, une campagne publicitaire pour une plateforme de paris sportifs a suscité de nombreuses réactions. On y voit l’actrice Sydney Sweeney, dénudée, manipuler différents accessoires représentant les sports sur lesquels il est possible de parier.
Pour certains, cette campagne est révélatrice d’un problème plus large : lorsque l’on utilise l’image d’un corps féminin pour promouvoir le sport, on réduirait la femme à un objet de désir et, par la même occasion, on ferait disparaître ce qui devrait pourtant être au cœur du sport : la performance.
Mais cette réaction ne risque-t-elle pas de mélanger deux sujets différents ?
Sydney Sweeney est une actrice, pas une sportive. Elle a choisi de participer à cette campagne et d’utiliser son image et son corps à des fins commerciales. Nous pouvons discuter du choix artistique, du message véhiculé ou de la stratégie marketing de cette campagne. Mais si cette utilisation de son image est librement consentie, pourquoi faudrait-il lui reprocher de disposer de son corps comme elle l’entend ?
Défendre la liberté individuelle, c’est aussi accepter que chacun puisse faire des choix que nous ne ferions pas nous-mêmes.
La situation est cependant différente lorsqu’il s’agit d’une sportive en compétition.
Derrière chaque athlète de haut niveau se trouvent des années de travail, des heures d’entraînement, des sacrifices, des échecs et une discipline quotidienne. Une médaille olympique, un record ou une victoire ne sont jamais le fruit du hasard. Ils sont l’aboutissement d’un investissement considérable qui mérite d’être mis en avant.
Cette question n’est d’ailleurs pas nouvelle. Cet été, lors des championnats d’Europe d’athlétisme 2026, de nouvelles directives concernant les plans de caméra ont été mises en place afin d’éviter de sexualiser les sportives. L’initiative a été saluée par certains, tandis que d’autres l’ont considérée comme inutile ou ont questionné le traitement différent qui pourrait être réservé aux hommes.
Mais cette évolution soulève également une question : déterminer la manière dont les sportives doivent être représentées doit-il être une volonté politique ?
Oui, dans certaines circonstances. Et pour plusieurs raisons.
Une sportive en plein effort doit pouvoir performer sans avoir à se demander quelle utilisation pourrait être faite des images captées pendant sa pratique. Un gros plan intrusif sur sa poitrine ou sur une partie relevant de son intimité n’a rien à voir avec la performance sportive.
Lorsqu’une performance est réalisée, nos corps peuvent être dévoilés au-delà de notre volonté. Il est donc de la responsabilité des médias, des clubs et des fédérations sportives de veiller à ce que les images produites dans le cadre d’une compétition mettent en avant la pratique et la performance, plutôt que de sexualiser les athlètes.
La question devient particulièrement grave lorsque des images sont utilisées comme moyen de pression. Une photographie prise sous un angle intrusif, une capture sortie de son contexte ou un montage peuvent servir à intimider, harceler ou menacer une sportive. Le chantage à la diffusion peut alors peser sur ses décisions, ses relations et sa pratique sportive.
Parler d’images « compromettantes » ne doit d’ailleurs jamais faire porter la responsabilité sur la personne photographiée. Ce qui pose problème, c’est leur utilisation pour lui nuire. Une sportive doit pouvoir courir, nager, sauter ou s’entraîner sans craindre qu’un instant de sa pratique soit transformé en instrument d’humiliation.
Cette exigence concerne les championnes comme les pratiquantes amateures. Elle mérite une attention particulière pour les mineures et dans les espaces où l’intimité doit être préservée, notamment les vestiaires, les douches et les lieux de soins.
Aux Jeunes MR, nous défendons bien sûr une approche libérale. Il est évident qu’une femme, comme un homme, doit pouvoir disposer de son image comme il l’entend, dans sa sphère privée comme dans le cadre de choix librement consentis.
Cela signifie aussi que nous devons accepter que certaines personnes choisissent volontairement de montrer leur corps dans un contexte commercial, artistique ou médiatique. Leur liberté ne devrait pas disparaître simplement parce que leur choix déplaît à certains.
Mais cette liberté ne doit pas être confondue avec le droit de disposer de l’image d’autrui.
C’est là que se trouve la véritable distinction : la liberté de chacun d’utiliser son propre corps et son image doit être protégée ; l’utilisation du corps et de l’image d’une sportive contre sa volonté doit, elle, être combattue.
Dans le sport, notre objectif devrait donc être de valoriser davantage ce qui constitue le cœur de la pratique : le travail, la performance, le dépassement de soi et le parcours de l’athlète.
Il ne s’agit pas de cacher les corps, ni d’interdire toute représentation qui pourrait être considérée comme séduisante.
Il s’agit de permettre à chacun de choisir la manière dont son image est utilisée et de garantir qu’une sportive puisse pratiquer son sport sans que son corps soit transformé, contre sa volonté, en objet de sexualisation.
Deux combats, donc, mais pas le même combat : défendre la liberté de disposer de son corps et de son image, tout en défendant le droit des athlètes à être représentés pour leur performance.
Article rédigé par Joy Kamel, International Officer et Steve Hody, membre du GT Culture et Sport.