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Venezuela : un révélateur des rapports de force internationaux

Un moment décisif pour la diplomatie européenne

Le Venezuela traverse depuis plusieurs années une crise politique, institutionnelle et humanitaire profonde. Sous la présidence de Nicolás Maduro, le pays s’est progressivement transformé en un régime autoritaire, caractérisé par une concentration du pouvoir exécutif, une remise en cause de la séparation des pouvoirs, une répression de l’opposition politique et une contestation récurrente de la légitimité des processus électoraux. Cette dérive autoritaire s’est accompagnée d’un effondrement économique majeur, marqué par l’hyperinflation, la pénurie de biens essentiels et l’exode de millions de citoyens.

Cette situation interne, déjà dramatique pour la population vénézuélienne, a rapidement dépassé le cadre national pour devenir un enjeu géopolitique. Sanctions économiques, pressions diplomatiques et prises de position unilatérales ont transformé le Venezuela en un terrain de confrontation entre grandes puissances, où les principes du multilatéralisme et du droit international sont de plus en plus mis à l’épreuve.

Les réactions suscitées par les actions américaines récentes illustrent un danger fondamental, celui d’applaudir certaines décisions sans en nuancer les implications. Reconnaître qu’une administration peut être idéologiquement plus proche de nos valeurs sur certains dossiers ne signifie pas qu’elle constitue un allié automatique de l’Europe ni un leader incontesté de l’Occident.

Le fait de légitimer une violation du droit international au motif que la cible serait en contradiction avec nos valeurs crée un précédent dangereux. Le droit international nous protège tous. Renoncer au droit face à son ennemi, c’est renoncer au droit tout court. Tolérer l’illégalité chez l’un, c’est ouvrir la porte à l’arbitraire pour tous. La justice cesse d’exister le jour où elle devient sélective.

On ne peut non plus ignorer la continuité historique de la position américaine. Plus de quarante ans après la dernière intervention militaire directe des États-Unis dans la région, au Panama en 1989, Washington semble renouer avec une lecture assumée de la doctrine Monroe. L’Amérique latine est à nouveau présentée comme un espace relevant de la prééminence américaine, où la capacité d’agir unilatéralement demeure un instrument politique à part entière.

Les empires existent toujours. Ils ont changé de nom, de méthodes et de discours, mais pas de nature. Feindre de découvrir aujourd’hui cette réalité relèverait d’une naïveté stratégique. La question n’est donc pas de condamner moralement cette logique, mais de comprendre le changement de paradigme qu’elle impose à l’Europe.

Face à cette réalité, l’Europe ne peut ni s’aligner mécaniquement sur des décisions prises ailleurs, ni se réfugier dans une posture d’impuissance juridique. Il est illusoire de penser que l’Union européenne pourra, à court terme, disposer d’un poids égal à celui des États-Unis. En revanche, elle doit impérativement se doter d’un poids réel, fondé sur une capacité de décision politique assumée et une position commune forte.

Cela implique de sortir de certains réflexes paralysants, sans pour autant renoncer à nos principes. Défendre le droit international ne signifie pas faire preuve de faiblesse, mais au contraire affirmer une vision stratégique cohérente. Le respect du droit ne doit pas être une variable d’ajustement, mais un pilier de la crédibilité européenne.

L’Europe doit saisir ce moment historique pour redevenir une puissance diplomatique forte et être une puissance capable de condamner les régimes autoritaires sans légitimer l’illégalité, de défendre la démocratie sans accepter l’arbitraire, et d’agir sur la scène internationale sans renoncer à l’État de droit.

La crise vénézuélienne est un révélateur. Elle met en lumière le retour assumé des rapports de force et l’affaiblissement des cadres juridiques internationaux. Dans ce contexte, l’ambiguïté européenne n’est plus une option.

Les Jeunes MR appellent à une Europe lucide, unie et responsable. Une Europe qui accepte le changement de paradigme géopolitique en cours, mais qui choisit d’y répondre par la force du droit, de la cohérence et de l’unité. Redevenir une puissance ne signifie pas imiter les empires existants, mais proposer un modèle différent qui est celui d’une Europe forte précisément parce qu’elle respecte le droit international.

Parce que le droit international nous protège tous, et parce que l’avenir de l’Europe dépend de sa capacité à agir sans renoncer à ses valeurs, nous appelons à une Union qui assume pleinement ses responsabilités sur la scène mondiale.

La position des Jeunes MR est claire, condamner un régime autoritaire ne peut jamais conduire à banaliser une violation du droit international. Applaudir sans nuance crée des précédents dangereux et affaiblit l’ordre juridique qui nous protège tous. La critique n’est pas un blasphème, elle est une exigence de lucidité. Dans un monde où les rapports de force évoluent, une question  importante demeure, les États-Unis sont-ils toujours, en toutes circonstances, les alliés naturels de l’Europe ?

Joy Kamel

International Officer

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