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Antisémitisme en Belgique : une responsabilité collective, pas seulement juive

Après l’explosion signalée devant la synagogue de Liège au début de l’année 2026, il est devenu à la fois naturel et urgent de se pencher sur l’état de l’antisémitisme en Belgique : ses causes, ses conséquences et, bien sûr, son impact sur les Belges de confession juive.

Ces dernières semaines, les principales organisations juives du pays, dont le CCOJB (Centre de Coordination des Organisations Juives de Belgique) ainsi que son équivalent flamand, ont interpellé les autorités. Leur demande est claire : la mise en place d’un coordinateur national chargé de la lutte contre l’antisémitisme, à l’image de ce qui existe déjà dans plusieurs pays européens.

Le 16 février 2026, un échange particulièrement tendu a eu lieu sur le réseau social X entre le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, et son homologue israélien. Ce dernier reprochait à Maxime Prévot l’effroyable montée de l’antisémitisme en Belgique et le manque de mesures concrètes et efficaces pour lutter contre celui-ci.

L’on peut aussi évoquer le dernier scandale en date de Bill White, l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, qui s’en est pris personnellement à une personnalité politique flamande sur fond d’accusations d’antisémitisme.

Autant d’événements récents qui témoignent d’un malaise profond. Ils illustrent le caractère encore largement tabou de l’antisémitisme en Belgique, ainsi que la difficulté à le nommer et à le combattre. Le sujet divise, crispe et suscite souvent des réactions épidermiques. Il n’est d’ailleurs pas improbable que certains lecteurs aient été agacés à la lecture de ces premières lignes parce que parler d’antisémitisme énerve.

Depuis les attaques du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, une recrudescence spectaculaire des actes antisémites a été observée dans l’ensemble du monde occidental. La Belgique n’échappe pas à cette tendance. On assiste à l’installation d’un climat préoccupant où l’antisémitisme tend à se banaliser, parfois même à se normaliser.

La présence juive en Europe remonte à l’Antiquité. Pourtant, à l’exception de la période de 39-45, elle n’a sans doute jamais été aussi en danger. En Belgique, une part significative des quelque 30 000 Juifs, principalement installés à Bruxelles et à Anvers, soit environ 0,27 % de la population, envisage ou a déjà envisagé de quitter le pays, certains allant jusqu’à considérer Israël, pourtant en guerre, comme un refuge plus sûr.

Selon l’Institut Jonathas, plus de la moitié des actes racistes et discriminatoires recensés en Belgique visent des Juifs. Une disproportion alarmante qui devrait susciter une mobilisation nationale et qui fait honte à la Belgique.

 

Pour comprendre cette situation, il est nécessaire d’adopter une lecture lucide de l’histoire européenne d’après-guerre, mais aussi du paysage politique contemporain.

L’antisémitisme d’extrême droite, bien que largement diminué, n’a pas disparu. Il est encore présent et les tropes classiques de la haine anti-juive datant du Moyen Âge ont été ressortis du placard. Couplés à une dose de complotisme contemporain, on peut encore entendre l’idée du peuple Juif déicide, comploteur et dominateur, surreprésenté dans les lieux de pouvoir comme la finance, les médias et la politique.

La particularité de cette période est que l’on peut retrouver certains de ces clichés à l’extrême gauche également. Cette extrême gauche reprend à son tour ces idées et les adapte dans un contexte de militantisme pro-palestinien.

À défaut de convaincre les électeurs des milieux ouvriers, les partis d’extrême gauche et de gauche radicale cherchent parfois à séduire un nouvel électorat, notamment issu de l’immigration nord-africaine ou du monde arabo-musulman.

Cette essentialisation, aux relents racistes et paternalistes, enferme des populations dans des catégories figées, comme si elles partageaient toutes les mêmes opinions par exemple être forcément pro-palestiniennes ou anti-Israël.

Cela n’est pas sans conséquences : dans certains discours, la figure du « juif » est remplacée par celle du « sioniste », diabolisée à outrance. Cela permet d’attaquer des individus non pas au nom de leur judéité, mais au nom d’un combat présenté comme « antifasciste » ou relevant de la justice sociale.

Ces courants se revendiquent souvent du « bon côté de l’histoire » et d’un certain humanisme, tout en légitimant parfois une forme de violence, notamment dans les discours en ligne.

On retrouve une logique similaire dans l’accusation de génocide portée contre Israël. À ce jour, aucune des deux juridictions compétentes, la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale n’a établi juridiquement qu’un génocide ait eu lieu à Gaza. En attendant, affirmer le contraire dans le débat public peut contribuer à radicaliser les positions, en présentant toute opposition à Israël comme moralement justifiée.

Car que fait-on face à des génocidaires ? On cherche à les arrêter par tous les moyens. Cette rhétorique peut ainsi galvaniser certains extrémismes.

Il est toutefois essentiel de rappeler qu’une majorité des militants pro-palestiniens ne sont pas des extrémistes. Beaucoup sont sincèrement préoccupés par la situation humanitaire. Mais certains peuvent être instrumentalisés par des individus ou des groupes dont l’objectif est davantage la haine d’Israël que le soutien aux Palestiniens.

Vous l’aurez compris, aujourd’hui, plusieurs dynamiques alimentent l’antisémitisme. Il ne peut être réduit à un seul camp politique, même si certaines formes contemporaines méritent une attention particulière.

Aujourd’hui, la cause palestinienne peut, dans certains cas, devenir un catalyseur d’un discours excluant, où les Juifs sont assimilés à une entité homogène et désignée comme coupable.

Comme l’écrivait le philosophe Vladimir Jankélévitch : « L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux”.» dans l’imprescriptible, 1967.

Face à cette situation, plusieurs pistes méritent d’être sérieusement envisagées.

La création d’un coordinateur national pour la lutte contre l’antisémitisme constituerait un premier pas important. Ce type de fonction, déjà en place dans d’autres pays européens, permettrait de centraliser les efforts, d’améliorer le suivi des incidents et de coordonner les politiques publiques.

Par ailleurs, la réponse judiciaire doit être renforcée. Des débats récents ont mis en lumière certaines décisions controversées, notamment en Flandre, où des propos violents à caractère antisémite n’ont pas toujours donné lieu à des condamnations à la hauteur de leur gravité. La question du « dol spécial », c’est-à-dire l’intention spécifique de nuire, mérite d’être clarifiée afin de mieux qualifier et sanctionner ces actes.

Enfin, l’éducation reste un levier essentiel. La lutte contre l’antisémitisme ne peut reposer uniquement sur les épaules des juifs. Elle doit être portée par l’ensemble de la société.

Comme le rappelle Joël Rubinfeld : « Les Juifs sont comme le canari dans la mine. Lorsqu’il cesse de chanter, il est déjà trop tard »

Le départ des Juifs de Belgique et d’Europe serait une tragédie historique mais aussi une perte immense pour ces sociétés.

Et lorsque vous n’entendrez plus le peuple Juif chanter, rappelez-vous que, quelque part sur Terre, les Juifs ont fait une promesse à l’humanité. 

Celle de continuer à danser, et ce, pour l’éternité…

Raphaël Heymbeeck

Pour le Gt Justice

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