Alors que plusieurs faits divers impliquant des mineurs ont récemment relancé le débat sur la sécurité publique en Belgique, la question de la délinquance juvénile revient au cœur des préoccupations politiques et sociétales. Entre l’implication croissante de certains adolescents dans les trafics de drogue, des cas de racket, et de vols, parfois avec violence, les autorités s’inquiètent et s’interrogent sur les moyens de prévenir et d’endiguer ce phénomène.
Parmi certains faits divers, on peut citer le cas du meurtre de Thierno Sow près de la station de métro Clemenceau à Anderlecht, dans lequel un mineur est impliqué et a été placé en IPPJ, une affaire datant de 2025.
Citons également le cas des violences qui ont eu lieu dans certains quartiers de la capitale en marge de la finale de la Coupe de Belgique de football en mai 2025. Violences dans lesquelles de nombreux jeunes ont été impliqués.
Il convient aussi de noter un cas très récent, au moment de la parution de cet article, qui est celui des groupes de jeunes bruxellois qui causent troubles et chaos sur la côte de notre pays. Dans les vidéos, on peut voir des individus visiblement mineurs.
Ces actes contribuent à créer un climat général d’insécurité en plus de faire rayonner, dans le mauvais sens, notre pays à l’international.
Selon des responsables de la police bruxelloise, 17% des jeunes arrêtés pour des activités liées au trafic de drogues ont entre 13 et 17 ans, en 2025.
Toujours en 2025, le parquet de Bruxelles a ouvert 7166 dossiers impliquant des mineurs pour diverses infractions. Parmi eux, 1592 mineurs ont été mis à disposition de la justice pour des faits plus graves.
Les causes sont multiples et les criminologues parlent d’une combinaison de facteurs.
Tout d’abord, le décrochage scolaire. Il est souvent présenté comme l’un des principaux facteurs de risque. En effet, lorsqu’un jeune quitte le cadre scolaire, il perd une structure quotidienne et des perspectives d’avenir. Ce qui mène bien souvent le jeune à se tourner vers d’autres alternatives comme le trafic de drogues ou les activités criminelles. Les réseaux criminels utilisent souvent des mineurs comme guetteurs, livreurs ou revendeurs car les sanctions sont différentes de celles que risquent les adultes et ils sont plus facilement influençables. Lorsqu’un jeune se retrouve isolé, le besoin d’appartenance à un groupe est particulièrement fort. Les jeunes se sentent donc intégrés à une bande et la machine est ainsi lancée.
La précarité, la pauvreté et les difficultés familiales peuvent aussi être un facteur d’aggravation. Les jeunes issus de milieux défavorisés sont plus exposés à des difficultés économiques, à un manque d’opportunités et à un sentiment d’exclusion. Le manque de supervision parentale et les conflits familiaux peuvent fragiliser les jeunes et créer un manque de repères et de soutien affectif.
On doit également parler de l’influence des réseaux sociaux et de la cyberdélinquance.
Si certaines bandes utilisent les réseaux sociaux, notamment Snapchat et Telegram, pour recruter des jeunes, de nouvelles formes de délinquances sont apparues avec l’émergence des réseaux sociaux. On peut parler de cyberharcèlement, de menaces, de diffusion non consentie de contenus intimes ou de différentes formes d’arnaques. Les réseaux peuvent amplifier certains phénomènes de groupe ainsi que la recherche d’attention et de reconnaissance. Sans parler de la glorification de la consommation de drogues et des rodéos urbains.
Chez les Jeunes MR, nous pensons que le système judiciaire doit encourager des peines alternatives telles que les bracelets électroniques et les peines d’intérêt général. Le recours à ces mesures pourrait également être envisagé, dans certains cas, pour les mineurs délinquants.
En Flandre, un projet pilote permet de placer des mineurs délinquants sous bracelet électronique. Ils peuvent continuer à aller à l’école ou à pratiquer certaines activités en étant surveillés grâce à un GPS et un téléphone de contact. Cela permet au jeune de continuer à développer son tissu social et de limiter son isolement. L’alternative est de placer ces jeunes en centres fermés, ce que nous voulons éviter.
Nous pouvons évoquer la possibilité de davantage responsabiliser les parents et les familles en retirant les allocations familiales pour les jeunes qui commettent des infractions, selon un certain degré de gravité.
La question de l’IPPJ (Institutions Publiques de Protection de la Jeunesse) doit également être abordée.
La position des Jeunes MR est que le placement en IPPJ doit être une mesure d’exception. Avant de placer un jeune en institution, il convient de le maintenir, le plus possible, dans son milieu de vie. Cela implique aussi de sortir les profils pédopsychiatriques des IPPJ car aujourd’hui les jeunes, dont la problématique principale est médicale et non pénale, sont également placés en institution. Cela conduit à une saturation de ces dernières. L’IPPJ doit aussi être un espace de réintégration car près de 40% des jeunes placés sont en décrochage scolaire. Le passage en IPPJ doit constituer une opportunité de renouer avec la société en renforçant les équipes pédagogiques et enseignantes et en instaurant un lien avec les écoles d’origine.
Vous l’aurez compris, la gestion du phénomène criminel chez les jeunes comporte des dimensions à la fois répressives et de prévention, aux côtés des contraintes budgétaires qu’implique nécessairement une politique efficace. Il est pourtant nécessaire de regarder la réalité en face : si des jeunes sortent des clous, la responsabilité est tout autant personnelle que collective. La grandeur d’une société démocratique se mesure en effet à sa capacité à gérer ses marginaux et les plus fragilisés. Un jeune criminel est avant tout un jeune en détresse qu’il faut aider plutôt que de l’enfoncer.

Raphaël Heymbeeck
Vice-délégué Justice, Intérieur, Sécurité, Défense et Protection des libertés individuelles