Aujourd’hui, quand on achète ou qu’on loue un logement, à quoi regarde-t-on ? La localisation, le prix, l’état général… Mais de plus en plus, une autre question s’impose : combien ce bâtiment va-t-il me coûter en énergie ? Est-ce qu’il est bien isolé ? Est-ce qu’il sera encore « dans les clous » dans dix ans ? Et derrière ces questions se trouve un outil central : le certificat PEB, pour « Performance énergétique des bâtiments ».
En Belgique, il est déjà obligatoire en cas de vente, de location, de nouvelle construction ou de rénovation lourde. Il indique une classe énergétique, une consommation théorique et quelques recommandations de travaux. Autrement dit, il influence directement la valeur des biens et les choix des ménages.
Ce dispositif vient d’une directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, adoptée en 2002 et renforcée depuis. L’objectif européen est clair : réduire la consommation énergétique du parc immobilier et atteindre nos objectifs climatiques à l’horizon 2030 et 2050. Sauf qu’en Belgique, cette matière est régionalisée : chaque Région fixe ses règles, sa méthode de calcul, ses classes énergétiques, ses primes.
Et c’est là que se niche un paradoxe très belge : dans l’Union européenne, on compte 27 États membres, donc le plus souvent un certificat par pays… et trois pour la seule Belgique.
Là où ça pique, c’est que la Belgique a un parc immobilier parmi les plus anciens d’Europe : 68 % des logements datent d’avant 1971, à une époque où l’on ne parlait pas encore d’isolation, ni d’économie d’énergie. La conséquence est directe, avec des consommations élevées, des émissions de CO₂ importantes et des factures parfois lourdes. Avec la flambée des prix de l’énergie, la performance énergétique n’est plus un sujet technique, mais une question de pouvoir d’achat et de lutte contre la précarité énergétique.
Et on voit très bien vers quoi on va. Le Conseil central de l’économie recommande que le certificat PEB devienne obligatoire pour l’ensemble du parc de logements, même hors vente ou location, afin d’avoir une vision claire de la situation et de piloter les politiques de rénovation. Dans la même logique, la Région de Bruxelles-Capitale a déjà franchi un cap en prévoyant que tous les logements bruxellois devront disposer d’un certificat PEB d’ici 2030.
La question n’est plus « PEB ou pas PEB ? », mais « quel PEB voulons-nous, et sous quelle forme ? »
C’est là que le problème apparaît : les trois Régions ont chacune développé leur propre réglementation, leur propre méthode de calcul, leurs propres échelles de classes énergétiques et leur propre présentation. Pour un citoyen qui compare un bien à Bruxelles, un bien en Wallonie et un bien en Flandre, c’est très peu lisible, puisqu’un PEB C ne renvoie, par exemple, pas nécessairement à la même réalité d’une région à l’autre.
Cette diversité de systèmes rend plus difficile la mobilité entre régions, parce qu’il devient compliqué de comparer objectivement deux logements situés dans des cadres réglementaires différents. Elle crée de l’incertitude pour les investisseurs et elle complique la mise en place d’incitants fiscaux ou financiers basés sur des seuils de performance, puisqu’un même score n’a pas la même signification partout.
C’est à partir de ce constat que s’inscrit la motion que nous avons portée au Congrès des Jeunes MR. Elle ne propose pas de recentraliser les compétences, ni de gommer les spécificités régionales. Elle pose une idée simple, de bon sens : se doter ensemble d’un cadre commun pour le certificat PEB.
Concrètement, la motion demande d’abord que la question de l’harmonisation du certificat soit mise à l’agenda interfédéral, avec un suivi politique réel. Ensuite, elle propose de négocier un accord de coopération entre l’État fédéral et les trois Régions afin de définir un indicateur principal commun, d’harmoniser les classes énergétiques et leurs seuils, ainsi que de converger vers une méthode de calcul unique.
La motion plaide aussi pour un modèle de certificat standardisé, partagé par les trois régions : un format visuel commun, une structure identique, les mêmes informations-clés mises en avant, des échelles lisibles, ainsi que des versions disponibles dans les trois langues nationales et en anglais.
Harmoniser, c’est la base d’une société efficace. Or, un PEB harmonisé, c’est plus de transparence sur le marché immobilier, plus de simplicité pour les ménages et les professionnels et plus de cohérence pour les banques et les mécanismes de financement. C’est aussi une condition pour que la transition énergétique ne devienne pas une source de stress supplémentaire, mais un levier concret de confort et de pouvoir d’achat.
En conclusion, si le PEB est un document incontournable, faisons-en sorte qu’il soit compréhensible et utile, partout en Belgique.

Arthur Watillon
Délégué Développement durable, Environnement, Bien-être animal, Energie, Mobilité et Logement