La transition énergétique ne se résume pas à installer davantage de panneaux solaires ou à encourager l’usage des voitures électriques. Elle suppose aussi une modernisation profonde de notre réseau électrique. Dans ce contexte, le compteur intelligent occupe une place centrale. Pourtant, à Bruxelles comme en Wallonie, un paradoxe demeure : on déploie des compteurs communicants, mais on permet encore, dans certains cas, que leur fonction communicante ne soit pas activée. Cette situation pose une vraie question de cohérence politique, économique et technique.
Qu’est-ce qu’un compteur intelligent ?
Un compteur électrique est l’appareil qui mesure la quantité d’électricité consommée dans un bâtiment et de servir de base à la facturation. Le compteur intelligent va plus loin, car il ne se contente pas de mesurer, puisqu’il peut aussi transmettre automatiquement les données au gestionnaire de réseau. Il s’inscrit donc pleinement dans la modernisation du système énergétique.
Des avantages concrets pour les ménages et le réseau
Ses avantages sont réels. D’abord, il permet un relevé automatique à distance, ce qui simplifie les démarches administratives et évite, dans la plupart des cas, la transmission manuelle des index. Ensuite, il aide les ménages à mieux suivre leur consommation, grâce à des données plus précises. Cela permet de repérer plus facilement les pics de consommation et d’adapter ses habitudes. Pour les foyers équipés de panneaux photovoltaïques, il permet aussi de mesurer plus clairement l’électricité injectée sur le réseau. Enfin, il facilite une facturation sur base réelle et contribue à une gestion plus efficace du réseau électrique.
Des inquiétudes qu’il faut entendre
Mais ces compteurs suscitent aussi des réserves. La première concerne la vie privée. En effet, certains craignent qu’un relevé plus précis de la consommation permette de reconstituer des habitudes de vie. D’autres redoutent une perte de contrôle, dans la mesure où certaines opérations peuvent être réalisées à distance. À cela s’ajoutent le coût global (bien qu’indirect) du déploiement et la complexité de certains nouveaux mécanismes, parfois difficiles à comprendre pour les consommateurs.
Où en est-on à Bruxelles et en Wallonie ?
À Bruxelles, le déploiement des compteurs intelligents est en cours depuis 2023 et doit encore monter en puissance d’ici 2030. En Wallonie, l’objectif est encore plus clair : parvenir à une généralisation complète d’ici fin 2029. Dans les deux régions, le compteur intelligent tend donc à devenir la norme. Pourtant, un problème subsiste, puisqu’il est possible de refuser l’activation de la fonction communicante.
Le paradoxe des compteurs communicants qui ne communiquent pas
C’est là que réside le paradoxe. Nous investissons dans des outils censés rendre le système plus souple et plus efficace, tout en acceptant qu’une partie d’entre eux fonctionne sans utiliser pleinement leur fonction principale.
Ce paradoxe est d’abord économique. Le déploiement des compteurs intelligents représente un coût important pour la collectivité, via les investissements consentis par les gestionnaires de réseau et répercutés dans les tarifs. À titre d’illustration, pour la période 2025-2029, le budget approuvé pour les coûts additionnels du déploiement s’élève à environ 25,4 millions d’euros à Bruxelles, contre près de 187,3 millions d’euros en Wallonie, tous gestionnaires de réseau confondus. Or, si les données ne sont pas effectivement communiquées, on n’exploite pas pleinement la valeur de cet investissement. Le paradoxe est aussi pratique : sans communication active, il devient plus difficile de développer la facturation réelle, les tarifs dynamiques, le partage d’énergie, l’autoconsommation optimisée ou encore une gestion plus fine des pics de consommation. Enfin, il est politique, puisqu’on affiche une ambition de modernisation du réseau tout en maintenant un mécanisme qui en limite partiellement les effets.
Une réforme de cohérence
Dès lors, il faut assumer une position claire : restreindre fortement, voire supprimer, la possibilité de refuser l’activation de la fonction communicante. Un compteur intelligent qui ne communique pas n’est pas un véritable compteur intelligent.
Une telle évolution permettrait plusieurs avancées concrètes. Elle améliorerait la qualité de la facturation en limitant les estimations. Elle offrirait aux ménages un meilleur suivi de leur consommation. Elle faciliterait l’accès aux nouveaux services énergétiques. Elle renforcerait l’efficacité opérationnelle du gestionnaire de réseau. Et surtout, elle permettrait une meilleure intégration des énergies renouvelables dans le système électrique.
Des garanties indispensables pour les citoyens
Bien entendu, cette évolution ne peut se faire sans garanties solides. Il ne s’agit pas d’imposer une communication généralisée sans encadrement. La protection de la vie privée doit rester une condition centrale de la réforme. Il faut donc définir clairement quelles données sont collectées, à quelle fréquence, pour quelles finalités, pendant combien de temps, avec quels droits pour l’usager et avec quelles garanties de cybersécurité.
La ligne des Jeunes MR
Les Jeunes MR doivent défendre une ligne cohérente : oui à un réseau moderne, oui à des compteurs pleinement utiles, oui à une transition énergétique efficace, mais toujours avec des garanties fortes pour les citoyens.
En conclusion, on ne peut pas vouloir les bénéfices d’un réseau intelligent sans accepter les conditions techniques qui permettent réellement son fonctionnement.

Arthur Watillon
Délégué Développement durable, Environnement, Bien-être animal, Energie, Mobilité et Logement