Pourquoi la recommandation de la Commission européenne est une vraie avancée ?
« Non contraignant » ne veut pas dire « sans effet».
C’est le premier réflexe que l’on entend depuis que la Commission européenne a annoncé, le 13 mai 2026, son intention d’adopter une recommandation pour pousser tous les États membres à interdire les thérapies de conversion. Certains y voient une demi-mesure. C’est exactement l’inverse.
Pourquoi une recommandation et pas une directive ?
L’Union européenne dispose de compétences limitées en la matière. Une directive aurait eu une portée restreinte et aurait risqué d’exclure certaines catégories de personnes, notamment les personnes transgenres (c’est-à-dire la partie de la communauté LGBTQIA+ la plus vulnérable et la plus exposée à ces pratiques). Il était hors de question de laisser quiconque de côté.
Par ailleurs, toute directive aurait nécessité l’unanimité du Conseil. L’Italie, la Slovaquie, la Hongrie (sous l’ère Orban) : autant de verrous qui auraient condamné le texte avant même sa naissance à l’image de la directive sur l’égalité de traitement, bloquée depuis …2008.
Une recommandation, en revanche, permet d’agir rapidement, de couvrir l’ensemble des personnes LGBTQIA+ dans toute leur diversité, et de s’appuyer sur les bonnes pratiques des États membres qui ont déjà légiféré. C’est la voie la plus rapide, la plus ambitieuse et la plus réaliste.
Et cette décision est historique à un autre titre : c’est la première fois de son histoire que l’Union européenne adopte un acte juridique ciblant spécifiquement l’égalité des personnes LGBTQIA+. Hadja Lahbib, Commissaire européenne à l’Égalité, l’a dit sans ambages : il n’y a rien à « guérir ». Il y a en revanche une urgence à agir.
Tout est parti d’une initiative citoyenne européenne portée par Mattéo Gargulio, 19 ans, qui a réuni plus d’un million de signatures à travers l’UE. Face à cette mobilisation démocratique, la Commission a répondu. Si le calendrier est tenu, la recommandation sera mise en œuvre dès 2027. Là où un passage par le Conseil aurait signifié des années de blocage, voire l’abandon pur et simple du projet…
Il reste encore énormément à faire
Huit États membres ont déjà légiféré, dont la Belgique. Mais les signaux globaux restent inquiétants. Même notre pays, pionnier en la matière, a connu un recul en 2024 : la Belgique était alors passée à la quatrième place des États qui défendent le mieux les droits des personnes LGBTQIA+ en Europe. Depuis, nous sommes remontés à la deuxième place.
Une preuve supplémentaire que rien n’est jamais définitivement acquis, y compris dans notre pays.
Les Jeunes MR l’ont toujours affirmé clairement : les thérapies de conversion sont des pratiques barbares, sans fondement scientifique, que l’ONU assimile à de la torture. Nous les avons combattues publiquement dès les premières heures du débat, et nous continuerons à le faire. La Commissaire européenne libérale, Hadja Lahbib, réaffirme elle aussi ce message et mène ce combat à nos côtés.
Pendant ce temps, aux États-Unis…
Le contraste avec l’Amérique de Donald Trump est saisissant. Le 31 mars 2026, la Cour suprême américaine a jugé inconstitutionnelle la loi du Colorado qui interdisait les thérapies de conversion pour les mineurs, au nom de la liberté d’expression. Dans un pays où la réélection du Républicain a déjà effacé des protections fondamentales pour les personnes trans, c’est un signal glaçant. Les droits LGBTQIA+ ne sont pas un acquis. Ils sont le produit de décennies de lutte, fragiles dès qu’on cesse de les défendre.
L’espace européen n’est pas parfait. Mais il reste, à l’échelle mondiale, le territoire où ces droits sont les mieux protégés et les plus activement défendus. La recommandation de la Commission européenne le confirme. Il faudra aller plus loin, plus vite. Mais les droits ne tombent pas du ciel. Ils se gagnent, se défendent et parfois, on les fête comme ce samedi à la Brussels Pride.
Cédric de Buf
Président national des Jeunes MR