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L’IA, un collaborateur nécessaire

Un nouveau collaborateur est arrivé sur le marché du travail belge. Il ne prend pas de pause, rédige un rapport en quelques secondes et ne se plaint jamais de l’encodage. Un travailleur belge sur trois travaille déjà avec lui. Que l’intelligence artificielle s’installe dans nos entreprises et nos administrations n’est plus un débat : elle y est déjà. Reste à décider quel rôle on lui confie.

Un collègue qui fait gagner du temps, pas des licenciements

En 2025, environ un tiers des entreprises belges utilisaient déjà l’IA, plus du double d’il y a deux ans : selon le Conseil supérieur de l’emploi, la Belgique fait partie du peloton de tête européen. Et les gains sont bien réels. L’étude de référence du NBER, menée auprès de milliers d’agents de support client, mesure un gain de productivité moyen de 14 %, qui grimpe jusqu’à 34 % chez les travailleurs les moins expérimentés. Surtout, ce collaborateur ne vide pas les bureaux : l’effet sur l’emploi total reste limité à ce stade, et plus d’une PME belge sur deux compte recruter dans les six prochains mois, un record selon le baromètre Acerta. Nos entreprises n’utilisent pas l’IA pour remplacer leurs équipes, mais pour les renforcer.

Un pont entre l’humain et le numérique

Ce chiffre de 34 % dit quelque chose de plus profond. Pendant trente ans, la technologie a exigé que l’humain s’adapte à elle : apprendre ses menus et ses logiciels. Beaucoup, sans formation, ne savaient pas par où commencer et sont restés au bord du chemin numérique. L’IA inverse enfin la logique : pour la première fois, c’est la machine qui parle notre langue. Elle jette un pont entre l’humain et le digital, et ce pont profite d’abord à ceux qui en étaient le plus éloignés.

C’est ma conviction : la meilleure technologie est celle qu’on ne remarque plus. Celle qui s’efface derrière l’usage et rend de la place aux relations humaines, au lieu de les interrompre.

Le collaborateur dont la réindustrialisation a besoin

Ce renfort tombe à point nommé. Le rapport Draghi a rappelé l’ampleur du décrochage de productivité entre l’Europe et les États-Unis, au moment même où notre pays affiche une ambition de réindustrialisation : défense, énergie, relocalisation de productions stratégiques. On ne réindustrialise pas une économie où le temps qualifié se perd dans la paperasse. Chaque heure de travail que l’IA libère de l’administratif est une heure rendue à la production, à la vente et à l’innovation : c’est une condition pour consolider l’emploi aujourd’hui et en créer demain.

Un collaborateur, pas un remplaçant

Encore faut-il lui confier le bon poste. Un policier qui passe ses heures sur des procès-verbaux ne patrouille pas. Un conseiller emploi qui interrompt son entretien pour taper un compte-rendu ne conseille plus : il encode, et la personne en face de lui parle à un écran. Le bon réflexe est de confier à l’IA la retranscription, l’encodage et les rapports, pour rendre aux professionnels le cœur de leur métier : le terrain et l’écoute. Remplacer l’accueil par un chatbot et la relation par une file d’attente numérique serait, en revanche, une erreur : les services de contact doivent rester humains. Un principe simple résume tout : l’IA derrière l’écran, l’humain devant le citoyen.

Apprendre à travailler avec elle

Reste une inquiétude légitime, qu’il faut entendre : certaines études récentes pointent un effet négatif sur l’emploi des jeunes dans les métiers les plus exposés, leurs connaissances encore théoriques étant plus faciles à répliquer que l’expérience accumulée. La réponse n’est pas le déni, encore moins un moratoire : c’est la formation. Or, selon le Conseil supérieur de l’emploi, 39 % des travailleurs belges déclarent avoir besoin de compétences supplémentaires en IA, mais seuls 14 % ont suivi une formation. Ce fossé est l’urgence du marché du travail belge : faire de chaque jeune un collègue de l’IA plutôt que son concurrent.

La ligne des Jeunes MR

Pour les Jeunes MR, la position est claire et assumée : oui à l’intelligence artificielle, pleinement, comme levier de productivité, d’emploi et de réindustrialisation. Mais une IA qui travaille pour l’humain, jamais à sa place dans la relation. Nous défendons une IA qui décharge l’indépendant de sa paperasse et rend des heures de terrain à nos policiers, une IA qui permet au conseiller emploi de regarder son interlocuteur plutôt que son clavier. Et, pour l’accompagner, un investissement massif dans les compétences numériques des jeunes, parce que la meilleure protection face à la machine, c’est la maîtrise de la machine.

Nicolas Collignon

Délégué Économie, Fiscalité, Emploi et Entrepreneuriat des Jeunes MR

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