20261022 - Délégué justice-2

Faire des économies… à quoi bon ?

Dans une Belgique fédérale où chaque conclave budgétaire apparaît de plus en plus souvent comme le compromis de la dernière chance, il est urgent de se demander si ce pays a encore un avenir avec la structure qui est la sienne depuis plus d’un demi-siècle.

Des entités fédérées à double forme, des aspirations nationalistes d’une part et le doux rêve d’une république socialiste de Wallonie, d’autre part, une inefficacité et une lenteur chroniques des pouvoirs publics face aux crises successives… autant dire que l’avenir de la Belgique n’est pas tracé de la meilleure des manières.

Il n’appartient pas aux Jeunes MR de se prononcer sur les raisons ou les responsables de cette discorde presque séculaire entre flamands et francophones.

Mais on ne peut pas en vouloir à une certaine frange de la classe politique flamande de vouloir prendre le destin de la Flandre en mains si le boulet francophone qu’elle traîne à l’intérieur de la Belgique est à ce point lourd qu’il en devient impossible à faire évoluer.

La Fédération Wallonie-Bruxelles est exsangue et à 100% dépendantes des dotations octroyées par l’Autorité fédérale.

En 2026, sa dette s’établissait à plus de 250% de son PIB. En d’autres termes, il lui faudrait 2,5 ans pour rembourser toutes ses dettes en ne dépensant même plus 1€.

Plus généralement, la question de la santé des finances publiques posera toujours plus fort la question de l’avenir institutionnel de ce pays, bien plus que la prophétie indépendantiste flamande et une Wallonie bien plus à la traîne économiquement.

Les résultats des élections ont donné une éclaircie dans la grisaille politique, car des deux côtés de la frontière linguistiques, des majorités gouvernementales compatibles ont permis d’envisager de solides réformes, que même un éventuel retour des socialistes en 2029 ne casserait pas.

Et dans cette éclaircie, les Libéraux ont incarné le trait d’union qu’ils ont toujours été, en mettant en avant la compétitivité économique et la rationalisation des dépenses publiques.

Il y a trois façons de renforcer un budget : soit une augmentation des taxes, soit une réduction des dépenses publiques, soit l’amélioration des recettes existantes.

Examinons ces trois possibilités en prenant en compte le contexte dans lequel nous évoluons actuellement.

Premièrement, avoir réussi à écarter la hausse de la TVA comme principale mesure budgétaire constitue un énième coup de génie du Président du MR, Georges-Louis Bouchez. Certains « experts », y compris au nord du pays, considéraient qu’il fallait confier la stabilité du budget sur la consommation des ménages plutôt que sur la compétitivité des entreprises.

Il n’y a rien de plus « à gauche » que de compter sur la consommation pour relancer une économie morose. Dans un contexte géopolitique incertain et les prix à la pompe au plus haut, il faut être, au mieux incompétent, au pire totalement fou, pour augmenter les taxes tout en espérant que les citoyens aient encore envie de consommer pour sauver un budget hors de contrôle.

Merci, Georges-Louis !

Deuxièmement, comment augmenter l’efficacité des recettes existantes ? Il existe deux méthodes : tout d’abord, permettre aux différentes autorités de récupérer ce qu’on leur doit.

On peut bien évidemment augmenter l’efficacité de la perception des amendes pénales, concrétiser ce parquet national financier prévu par l’Accord de Gouvernement, élargir au maximum le recours à la transaction pénale et aux sanctions administratives communales afin de réinvestir directement les montants récupérés dans les services publics…

Cela peut faire l’objet d’un article à lui-seul tant les possibilités sont nombreuses. Il est ici davantage question d’inventivité que de courage politique.

Ensuite, on peut envisager de diminuer la pression fiscale afin que nos entreprises retrouvent de la compétitivité et puissent créer de l’emploi. Certains à gauche vont hurler au déficit de financement de la sécurité sociale. D’autres, à droite, comme les Jeunes MR, leur répondront que la meilleure manière de réduire le besoin en recettes fiscales revient à réduire le nombre de débiteurs de l’aide publique.

En cela, outre la réduction des abus en matière de remboursement de sécurité sociale liés au nombre exorbitant de bénéficiaires du « Statut BIM », la suppression du chômage à vie constitue la meilleure chose qui puisse être arrivée sur le marché de l’emploi.

L’Etat n’est pas une pompe à fric, merci à David Clarinval de l’avoir rappelé.

Troisièment, réduire les dépenses publiques constitue évidemment un vecteur de stabilité budgétaire, par ailleurs ardemment souhaité par les institutions internationales (UE, FMI, BCE…) ainsi que par les fameuses agences de notation (Standard & Poors, Moody’s, Fitch,…).

En Belgique, c’est d’autant plus crucial que l’indexation automatique des salaires, l’impact de l’inflation et le vieillissement de la population contraignent l’Etat (et les entreprises également) à consacrer toujours plus de budget pour verser les salaires des fonctionnaires et les pensions.

Vous l’aurez compris, les Libéraux préféreront toujours les deux dernières options. Par extension, force est de constater qu’un projet politique est voué à l’échec lorsque les pouvoirs publics doivent être trop régulièrement interventionnistes ou lorsqu’ils en constituent le principal moteur de l’économie.

Pourquoi le Groupe de travail (GT) « Justice, Intérieur, Sécurité, Défense, Protection des Libertés individuelles » s’inquiète-t-il de l’avenir institutionnel de ce pays ?

Parce que ce même GT couvre des politiques « non-rentables », soit des politiques où les éventuels retours sur investissements se font seulement remarquer dans d’autres secteurs. Et nous tenons à la sécurité et à la stabilité de notre pays sur le long terme.

Dites-vous bien que si nous n’arrivons plus à faire des budgets pour faire fonctionner la machine « Belgique », il faut en changer les pièces.

Se posera alors la question d’une Réforme de l’Etat, une septième, qui devra alors consacrer une Belgique fédérale à 4 Régions, lesquelles recevront encore de nouvelles compétences.

Mais il faudra pour cela que les planètes s’alignent.

Tout d’abord, éviter une coalition « Wallonie insoumise » (PS-PTB-Ecolo) en 2029, mais aussi éviter que PTB-PVDA et Vlaams Belang fassent à eux seuls moins de 50 sièges à la Chambre, que les Ecolos acceptent de gouverner avec la N-VA au Fédéral et que les Flamands acceptent de refinancer une dernière fois la dette francophone en échange d’un Confédéralisme toujours plus proche …

Tout en ignorant quel aspect des choses semble le plus compliqué, seuls les politologues ne seront jamais en faillite.

Garry Moës

Délégué Justice, Intérieur, Sécurité, Défense et Protection des libertés individuelles

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