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Victoire de l’Afd : il n’est pas (encore) trop tard

81 ans après la chute du nazisme, un parti d’extrême-droite allemand a suffisamment rassemblé de suffrages pour effrayer toutes les démocraties.

S’il est encore trop tôt pour déterminer quelles seront ses responsabilités dans les mois à venir, il est déjà temps de s’interroger sur les raisons de ce succès et de se poser les bonnes questions afin que cette peste noire ne franchisse une nouvelle fois le Rhin.

 

Les thèmes de campagne de l’Afd : immigration, sécurité, valeurs,…

La recette de cette Greep naar de macht fut très simple : surfer sur une vague de peur dans une population marquée par plus de trois décennies de déclassement économique dans un territoire de l’ex RDA. Leurs principaux thèmes de campagne reflètent à eux-seuls ces peurs : dangers de l’immigration en premier lieu, auxquels seraient associés des menaces connexes sur la sécurité ou une perte des valeurs familiales ou nationales.

On peut d’ailleurs aisément comparer la force électorale de l’AFD avec les frontières de l’ancienne république socialiste soviétique d’Allemagne de l’Est. Cela y a constitué un terreau fertile pour un parti retournant davantage vers le « Deutschland Uber alles » plutôt que vers le symbole européen que fut Angela Merkel, elle-même est-allemande. Les raisons en sont multiples et dépassent le cadre de cet article mais une seule a retenu notre attention : la fuite des cerveaux vers l’Ouest et les recettes politiques et économiques mises en place pour diriger après la Reunification en 1990, largement dirigées par l’Union européenne et la privatisation, ont accéléré la désertification d’une Région aujourd’hui en proie au doute.

 

Pourquoi un tel succès du repli sur soi ?

En période de marasme économique permanent et de tensions géopolitiques majeures, il y a toujours une tentation du repli sur soi et de la peur de l’Altérité (l’autre avec un grand « A »). Cet Autre qui serait responsable de tous les malheurs d’une communauté et dont il faudrait en exclure toutes celles et tous ceux qui ne correspondraient pas à une identité de base ou qui seraient incapables de suivre les règles édictées par un pouvoir démocratique.

Le parallèle avec les guerres mondiales est intéressant car ce sont les mêmes schémas mentaux qui ont conduit à l’embrasement général en 1914 après l’assassinat de l’Archiduc d’Autriche-Hongrie, François-Ferdinand, par un nationaliste serbe (Gavrilo Princip), ou encore évidemment au travers de l’ascension au pouvoir du Troisième Reich.

Comme le disait d’ailleurs l’écrivain juif autrichien Stefan Zweig à propos du nazisme : « rien n’a autant aveuglé les allemands que l’orgueil de leur propre culture ». Oublier l’histoire, c’est être condamner à la répéter.

 

Que doit en retenir la Belgique ? Subit-on les mêmes réalités que la Saxe-Anhalt ?

Ce qui suit est une formule empruntée à David Clarinval lorsqu’il était chef de groupe MR au Parlement fédéral en 2019. Si l’on considérait la richesse publique d’une communauté comme un gâteau destiné à alimenter la population, deux choses la menaceraient : la taille du gâteau et le nombre de mangeurs.

En d’autres termes, les finances publiques, et par extension les investissements qu’elles pourraient faire, sont menacées soit par une baisse de revenus imposés, soit par une augmentation du nombre de débiteurs de l’aide publique.

C’est sur ces deux « menaces » que l’AfD a surfé et cela doit nous alerter également. Car les pouvoirs publics ont toujours une responsabilité politique à assumer lorsque des thèmes de campagne aussi primitifs que la peur du migrant ont été prépondérants. Cependant, il est littéralement suicidaire pour les démocrates d’éviter d’affronter les réalités découlant du phénomène migratoire. On le voit par exemple avec suffisamment de précision au travers du trafic de drogue à Bruxelles. Il y a certes les trafiquants, les matières premières que sont les différentes drogues, les armes… mais il y a aussi les illégaux sur notre territoire, qu’on utilise comme petites mains car le trafic rapporte plus que l’allocation ou le travail justement rémunéré.

La Belgique n’est évidemment pas la Saxe-Anhalt. Ni économiquement, si sociologiquement. Mais nous devons tout faire pour éviter que nos concitoyens soient tentés par les extrêmes. De droite et (aussi) de gauche.

 

Éviter de nourrir les extrêmes

Les débats autour du Cordon sanitaire sont ce qu’ils sont, et s’il n’en tenait qu’aux Jeunes MR, il inclurait également l’extrême-gauche au même titre que l’extrême-droite, n’en déplaise aux commentateurs de salon.

La Flandre connaît depuis des années un Vlaams Belang fort, et depuis 2012, la Belgique francophone doit composer avec un PTB communiste tout autant incapable de participer au pouvoir.

On peut donc parier sur le fait qu’il y a, des deux côtés de la frontière linguistique, un vivier électoral qui considère que les partis démocratiques n’en font pas assez face à leurs réalités.

C’est dès lors aux partis démocratiques d’avoir le courage de réformer drastiquement un système défaillant, et à ce titre, risquer d’être impopulaire. Mais il faut le faire pour éviter que la démocratie ne tombe aux mains de celles et ceux qui ne sauront pas en faire autre chose qu’un outil d’exclusion de l’Autre, qu’il soit migrant, LGBTQIA+ ou d’une autre religion.

La Belgique est et doit rester une terre d’accueil. Faisons collectivement en sorte qu’il en reste ainsi plus longuement qu’une législature.

Garry Möes

Délégué Justice, Intérieur, Sécurité, Défense et Protection des libertés individuelles

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